EN DESCENDANT le BOULEVARD à RIO

Je voulais vous parler d’écoles. Des nôtres bien sûr. Mais la nostalgie et les souvenirs aidant, je vous emmène faire l’école buissonnière. Suivez-moi! Je vais vous balader le long du boulevard en faisant de temps en temps quelques incursions dans les rues toutes proches puisque aujourd’hui c’est :

                            ATELIERS PORTES-OUVERTES à RIO

Nous voici, par le seul fait de notre imagination, tout en haut du boulevard national, en direction d’ AÏN TÉMOUCHENT. La maison de Pépico PEREZ est à votre droite. Michelle, Josette et Paul sont devant la porte. Un petit signe amical et nous voilà partis pour une longue promenade pleine de surprises et d’ émotions.

Tiens, justement, voilà la ruelle (dont le nom m’échappe) où vivait  el TIO GINES. La cour est ouverte. Allons voir ce qui s’y passe. Dans les commentaires orchestrés par notre ami René, nous avions découvert Tio GINES « COURANDERO ». Mais ce grand-père avait plusieurs cordes à son arc: il confectionnait des balais, et pas n’importe lesquels. Son petit-fils, Camille CASTELLON nous en parle:
« Mon grand-père maternel était un homme hors du commun et un homme extraordinaire à mes yeux. Il était connu dans le village et aux alentours, comme « CURANDERO » car il avait la faculté de guérir certaines maladies d’un simple geste et d’une prière. Mon grand-père avait le « DON de DIEU ». Mais son activité essentielle était la confection des balais, ces balais que toutes les ménagères du village avaient dans un coin de la maison, pour balayer la cour et le devant de porte. Il vivait chez ses filles, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre. Lorsqu’il résidait chez l’aînée, il parcourait les collines et récoltait les feuilles des palmiers nains: »les DOUMS » comme on les nommait chez nous, pour fabriquer balais et couffins. Je passais des après-midi entiers à le regarder faire. A l’aide de son canif, il commençait par enlever les épines qui bordaient le bas des branches, puis il raccourcissait la palme juste à l’endroit où celle-ci allait être pliée sur une cordelette afin de former la jupe du balai. Cette cordelette faite de trois brins d’alfa, s’enroulait autour des palmes, les emprisonnant, et, continuait sa course très serrée, les fixant autour du manche, en un manchon magnifiquement réalisé. Le manche  de ce balai original,  mon grand-père le trouvait dans les roseaux qui poussaient au bord de l’ OUED MELAH. Le seul achat nécessaire à la confection de ses œuvres, était un clou, et encore! il lui arrivait de le trouver sur le trottoir ou au bord de la route. Il le ramassait et le gardait précieusement pour le prochain balai. Le point final de sa réalisation, était la pose de ce fameux clou placé en un endroit crucial qui empêcherait le balai de s’écheveler. Puis, d’un geste adroit, il égalisait les palmes. Et, dernière opération, mon grand-père, à l’aide d’une  » MASSETTE (sorte de marteau en bois), battait les feuilles pour les assouplir. Un dernier coup d’œil, et Pépé GINES reléguait son balai sous le figuier avec les autres. …..Que j’étais fier de l’accompagner au village! Souvent on l’interpellait: « Holà! tio Gines! Por favor! tengo falta de un escova!!!!» Laissons-là les balais de TIO GINES et retournons boulevard national. Voici à gauche, la magnifique villa d’Hilaire RICO. Engageons nous un instant  dans la ruelle, là, tout de suite à gauche et allons voir comment se porte le murier de chez Etienne.  Attention! Ne vous approchez pas trop près. Nimbus, son  chien, va faire un chahut d’enfer et ameuter tout le quartier. Retournons plutôt au boulevard. Voici  la villa d’André ROSSELLO. Le grand cactus du jardin est plus beau que jamais!  Monette nous salue: Bonjour Monette! De l’autre côté de la route nationale, à droite, la maison POUYAU. Dans la rue adjacente, allons jeter un coup d’œil chez madame ARACIL, la maman de Régine et Rosemonde. Ne dérangez pas les jeunes filles autour d’elles qui brodent avec beaucoup d’application leur trousseau de future mariée.  A l’angle, sur le boulevard, le cabinet du docteur BARDIE, son épouse est là avec Félix et Henri. Je ne peux  la regarder sans l’entendre dire sa prière pendant la grand-messe du dimanche:«…..donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien » ……et, invariablement, elle ajoutait: « avec un bout de chocolat! ».  Vous imaginez le fou-rire. Bon! Soyons sérieux! Le cabinet passa ensuite aux mains du docteur BROUSSOUS. Poursuivons notre balade et arrêtons-nous un instant à l’épicerie TORRES qui fut celle de ma grand-mère. En  haut, La famille GARAIT est à la fenêtre. Une pensée pour Christian. Dans la cour, Lola termine un ouvrage. M. ARACIL, son mari, coiffeur de son état, monte une mise en plis à une cliente. Nous allons retrouver le boulevard. Mais de grâce! pas de bruit! M. BENAMOU donne un cours particulier à un petit saladéen: Jacques? François? Paul? je ne sais! Sur le trottoir, un magnifique ficus. Voyez ses étranges fruits: des »toupies » pour les enfants du village . Et là, la villa RICO, Jean, Christian et Claude se préparent à partir. En face,  celle de Sassa ROSELLO. Savez-vous que les « estrangers » appelaient ce quartier le «  Quartiers des Millionnaires « ? Appellation que j’ai trouvée sur une vieille carte postale. Certaines fois c’était le » RIO RIANTÉ« . Je vous propose de nous arrêter là. Nous continuerons à descendre notre boulevard national la prochaine fois.

 

12 réflexions sur « EN DESCENDANT le BOULEVARD à RIO »

  1. Bravo Jadette !!!
    Ce voyage par l’entrée de notre cher Rio en venant d’Ain-Temouchent, sur la route d’Oran m’émeut beaucoup et tu sais pourquoi..
    Je me vois la descendre pour aller au centre !!!
    En attendant la suite, Merci! Merci, pour cette immense travail que tu fais pour faire vivre notre mémoire.
    Bisous Denise

  2. Le boulevard! Le boulevard national! La rue principale… A Er Rahel, on avait l’impression, en traversant le village, qu’il n’y avait qu’une rue d’Oran bordée d’habitations. A Turgot, la route de la plage était perpendiculaire au boulevard. Tant et si bien qu’on pouvait penser qu’il s’agissait d’une « nationale à angle droit ». Les mauvaises langues certifiaient que cela obligeait les automobilistes à ralentir et à s’apercevoir qu’ils traversaient un village…
    « Faire le boulevard » disait-on. On pourrait croire que c’est une expression mal adaptée puisque cela consistait à marcher en groupe autour de la place du village. Et pourtant, non! Je crois me rappeler que « faire le boulevard » c’était effectivement se promener en groupe sur la route nationale. Les plus anciens doivent s’en souvenir. On n’a pas de mal à imaginer que, la circulation se faisant de plus en plus intense, les promeneurs se sont vus contraints de tourner autour de la place. Mais l’expression est restée.
    En fait, qu’on le nomme rue principale, grand-rue, boulevard national, route d’Oran, cet axe restait l’épine dorsale du village. Merci Jadette de nous le rappeler.

    1. Pour appuyer tes dires, Joseph, voici ce que disait Yves SAINT LAURENT . « Chez nous, on ne se promenait pas, on faisait le boulevard. » ( Laurence BENAÏM « Yves SAINT LAURENT »)

  3. Bonjour Jadette.
    Merci de nous refaire traverser notre village par ce fameux boulevard.
    Si tu permets, pour moi en direction de Témouchent la maison de Pépico PEREZ était à gauche.
    Pour la suite que j’attends avec impatience pourrais-tu (et je sais que tu l’as prévu) positionner les commerces et notamment les bars nombreux au village. Cela va réveiller les souvenirs plus ou moins précis après un demi-siècle et la dernière tournée d’anisette chez Reyne en attendant l’arrivée du car de TRCFA d’Oran qui livrait « l’Echo du Soir ».
    René.

  4. Salut René! Emportée par mon imagination, je me suis peut-être mal exprimée. Nous sommes en direction d’Aïn Temouchent : c’est vrai. J’ai voulu situer le point de départ de notre balade: nous descendons le boulevard vers le centre du village, la maison de Pépico PEREZ est bien à droite. Nous allons de ce pas, voir et admirer la plupart des maisons situées sur notre passage, faire un tour dans les commerces, les ateliers du centre et de quelques rues adjacentes puisque c’est « portes-ouvertes à RIO ». Et j’attends là, que tu me viennes en aide lors de notre promenade, pour raconter quelques anecdotes que je ne peux connaître. Nous ne fréquentions pas les bars, nous les filles!! Sois à l’heure pour notre prochaine virée dans le temps. A bientôt!

  5. Bravo Jadette !! Quel merveilleux travail de mémoire et quel talent de conteuse ! J apprends plein de choses et je vais faire lire tout cela a mes enfants Adrien et Claire Marie
    Michel Carrega

    1. Merci Michel! Tes compliments me font du bien! Je dois t’avouer que, si je ravive pour certains, quelques souvenirs , c’est surtout pour les enfants de notre communauté saladéenne que je vous promène sur notre Boulevard National à RIO SALADO.

  6. Je peux apporter quelques précisions sur la belle villa Rosello citée au début de la 2° ballade de Jadette.
    Elle était la propriété de François Rosello, le père de Sassa mari de Marita qui habitait un peu plus haut sur le boulevard, en venant de Temouchent sur la droite. François père avait également deux filles, dont l’une Camille avait épousé François Puget agriculteur au Corso près d’Alger et grand cavalier qui participait à de nombreux concours hippiques. Ils venaient peu à Rio, mais au moins une fois par an pour les vacances, ce qui me permettait de voir leurs enfants, mes cousins: François Marie, Marie Thérèse et Jeannot Puget que j’aimais beaucoup. Je suis sûr que les jeunes de Rio de mon âge s’en souviennent. Au retour d’Algérie la famille Puget s’installa dans le sud ouest pour y faire de l’élevage mais y rencontra beaucoup de difficultés. Mes liens de parenté avec les Puget viennent par ma grand mère maternelle Mathilde Rosello, épouse de Paul Bour, qui était la soeur de François Rosello (père).

    1. Merci Henri, pour ces informations qui complètent et enrichissent la balade dans notre village. Il est vrai, cette villa, située en face de la maison de mon oncle, fermée la plupart du temps, m’intriguait. Il m’est arrivé plus d’une fois d’aller dans le jardin, derrière la maison, où logeait la famille d’ Aurora CASSADO et, je crois, Cécile BROTONS, un portillon , en face du cinéma le TRIUMPH, en permettait l’accès. Ce jardin était pour moi plein de mystère car sombre parce que trop ombragé, et disons « quelque peu sauvage ». Par contre,la villa de Sassa et Marita ROSELLO, puisque tu les nommes dans ton commentaire, avait un jardin très ensoleillé, fleuri, où j’allais me promener lorsque mon père allait voir monsieur ROSELLO. Mais ce qui me fascinait, c’était ce grand chien, debout sur ses pattes arrières. Il devait être presque aussi grand que mon père. Il s’étalait aux pieds de madame ROSELLO. « Un chien de race « ,disait mon père. Il n’y en avait pas deux comme celui-là dans RIO! Un chien qui, heureusement, ne daignait pas me regarder!!! J’entends encore madame ROSELLO dire avec son accent très particulier, (espagnol je crois) :  » n’aies pas peur petite! « 

  7. Bonsoir Jadette,
    Je voudrais bien connaitre le nom d’une institutrice qui a éduqué des écoliers au Faubourg Sidi-Said « Graba » elle est l’épouse de Mr BERTALAN . C’est pour rendre service à un de ses élèves. Merci.

    1. Bonjour Mama! ou bien est ce Zohra!
      Peu importe j’ai de très bons souvenirs de Vous Deux. Pour répondre à cette question , je dois te dire que je n’ai jamais entendu dire qu’ il y avait des institutrices à SIDI SAÏD mais plutôt des instituteurs. Je me souviens de M. LOPEZ le directeur, de Louis LAMBERT, et je crois même que Messaoud BENYOUCEF étaient instit. dans cette école. Madame BERTHALON était une des institutrices de l’école de filles. Je l’ai connue
      comme maîtresse de CM2 dans la vieille école de filles. Cette école se situait dans le village, derrière la nouvelle église, l’entrée étant dans la petite ruelle où se trouvait l’ébénisterie de monsieur SAHEL. Madame BERTHALON a aussi enseigné dans la nouvelle école dirigée par madame SCHERING. Voilà tout ce que je peux te dire. J’espère que tu pourras rendre service à ton élève, comme j’espère avoir rendu service à la mienne. Amicalement

  8. « Grain de sel » : La maison du boulevard occupée, après l’indépendance, par les parents de Rose-Marie Cardona, était celle des grands-parents de Luce et Paul Aracil.
    MJ et MP Aracil habitaient rue Aracil Jean, rue perpendiculaire au « boulevard », menant à la route de Bou-Hadjar, derrière la maison Arnoux.

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