« La Tendresse… confinée »

Peut-être l’avez-vous vue passer ? Elle a beaucoup circulé sur la toile cette

« symphonie confinée ». 

Peut-être vous a-t-elle à tous donné un peu d’espérance et touché. Que vous soyez seul ou en famille…. Nous avions tellement besoin de douceur pendant ces jours sombres!!!

Amis, j´espère que cet horrible corona vous a tous épargnés. 

Écoutez avec le cœur cette jolie ballade…ça réconforte…

Je vous souhaite des « torrents de Tendresse… »

Une Saladéenne 

Les fêtes de village : Rio Salado.

QUE LA FÊTE COMMENCE….!  (Jadette Salva)

            Après le 15 Août, les viticulteurs désertaient la plage et regagnaient RIO afin de préparer les caves en vue des vendanges. Le village resplendissait de lumières et de couleurs,  les forains étaient déjà en place, l’orchestre s’installait.

                                                 LA FÊTE POUVAIT COMMENCER !!!

C’était l’évènement dominant de l’année. Elle se déroulait pendant la dernière semaine de septembre. Les employés municipaux, sous la direction d’élus dévoués et compétents, s’occupaient de la décoration du village et veillaient au bon déroulement des festivités. Mr. DESSAUX avait la responsabilités des ateliers communaux dans lesquels il  surveillait la réalisation des décors que vous avez pu admirer durant toutes ses fêtes .

 Yvon LOZANO me racontait que, dans les années 1920, avant la mise en place des fêtes, dans le style que nous avons connues,  elles   étaient très succinctes, pour la bonne raison que la sonorisation n’existait pas encore. La  seule musique que l’on pouvait écouter sur la place du village était « la musica viento » , car  seuls les instruments à vent pouvaient se faire entendre. Alors la municipalité faisait venir les musiciens de la Légion Étrangère. Un kiosque en bois prenait place au centre de la place. Les tambours, trompettes, clairons, de l’ orchestre charmaient nos grands parents. Ces légionnaires, me disait Yvon,  s’installaient pendant deux ou trois jours dans le village, campant  dans un hangar appartenant à Mr. CAMALONGA et situé dans la ruelle jouxtant la maison de Mr JOUVE, (villa CARREGA maintenant). Puis au cours des ans ,les fêtes prirent, à l’initiative de Vincent CARDONA, grand-père de notre ami René, le style que nous avons tous connu. 

Fête des Vendanges (27 septembre 1929) archive amicale du rio Salado.
La clique des années 20 (archive de l’amicale du Rio Salado).

La RETRAITE aux FLAMBEAUX…….

(avec l’aimable participation d’ Yvon LOZANO et d’Antoinette APPARICIO)

Les fêtes débutaient le vendredi à la tombée de la nuit, par la retraite aux flambeaux. D’aussi loin que j’ai pu remonter en questionnant les uns et les autres, la retraite aux flambeaux a toujours marqué le début des festivités.

            Yvon LOZANO, toujours lui, (nous te remercions Yvon, du fond du cœur,)  me racontait ces moments de joies partagées. Le défilé se formait tout au bout du village vers Ain Temochent, et descendait le boulevard en direction de la poste. La CLIQUE SALADÉENNE, formée de jeunes de tous âges, et dirigée par Mr. MORENI , ouvrait le cortège, interprétant tous les airs à la mode. Le Conseil Municipal, Monsieur le Maire en tête, suivait la fanfare. Le défilé grossissait au fur et à mesure de son avancée. Les villageois venaient se greffer au cortège poursuivi par une nuée de gamins, des pétards plein les poches.

             Des années plus tard, Antoinette MALLEBRERA-APARICIO, me décrivait une  retraite aux flambeaux plus importante et plus colorée. Au bord du trottoir, le long du boulevard, à deux ou trois mètres d’intervalles, des récipients en fer attendaient le passage de 2 préposés. Ils devaient y mettre le feu quelques minutes avant l’arrivée de la fanfare,  libérant ainsi des feux de Bengale multicolores qui embrasaient la rue, éclairant le cortège. Ajoutez à cela, les lanternes en papier se balançant au bout d’une perche que les enfants tenaient fièrement à bout de bras. Tout ce monde joyeux et bruyant s’acheminait vers l’autre bout du village. Quelques années après, je me souviens encore de cette musique tonitruante qui emplissait tout le quartier et de l’odeur âcre des pétards qui éclataient de toutes parts nous forçant ma sœur et moi à chercher refuge dans les jupes de ma mère.     

               Les illuminations du village, la musique qui s’éloignait, les terrasses des cafés, la fumée des brochettes qui cuisaient sur le « kanoun » de KHADA  et de SULTANA, la foule déambulant de tous côtés,tout cela promettait   une fête   très réussie! Au fil des ans, l’orchestre AMALFI fit danser nos mères sur les plus beaux tangos du monde. Le village prenant du caractère, nos dirigeants de l’ assurance, de grandes formations vinrent faire valser et « swinguer »les jeunes et moins jeunes de nos saladéens: André FARRUGIA, BOB ROLLAND, Luis MARIANO (en visite), MARIO ROSSI ( deux années) Eddie WARNER, Los JAVAYOLAS, et j’ en oublie…Non! Non! Aimé BARELLI n’est pas venu à RIO, mais à LOURMEL! Et, tandis que nos aînés se laissaient emporter par le FOX-TROT, la SAMBA, le MAMBO, LE BOLERO, nous, les plus jeunes nous nous « éclations » comme disent nos petits-enfants, dans des danses telles que la RASPA, Le SPIROU, La BOMBE ATOMIQUE.

Ah! Ces Fêtes! Elles attiraient toute la jeunesse des villages voisins. RIO SALADO restera toujours lié au souvenir ineffable de ses fêtes.

           50 ans après, assistant  au bal du réveillon de l’année 2009, alors que je passais prés d’un groupe venant de Lyon, faisant la fête dans le même hôtel que nous, j’entendis:

-Moi, monsieur, je viens d’ Oran.

Je m’ approchais, et sur le même ton, je lui dis:

-Et moi monsieur, je viens de Rio Salado.

D’un bon, il se retourne, et, d’une voix pleine d’ émotion, s’écrie:

–DE RIO SALADO! Oh! Mon Dieu, madame! (et là, il pousse un long soupir)

Rio Salado! Que de joie! Que de souvenirs! et vous savez madame, nous venions d’ORAN pour assister à ses fêtes!!!

Clique des années 30 (archive de l’amicale du Rio Salado)

Les COURSES DE CHEVAUX le LUNDI de la FÊTE des VENDANGES.

Le lundi matin, les fêtes des Vendanges duraient trois jours. Les Saladéens, la gente masculine plus précisément, prenait le chemin de La FOLIE. Attendez! Ne vous emballez pas! Laissez-moi le temps de vous expliquer: La FOLIE était le nom de la propriété de René KRAUS. Elle se situait à la sortie de RIO, en allant vers ORAN. Une belle allée plantée d’oliviers vous conduisait au corps de la ferme. A La FOLIE, vous aviez le plaisir de faire, entre autre chose, de l’équitation, ou d’entraîner des chevaux en vue d’une éventuelle course. Bref! Connaissant les Saladéens, La FOLIE devint tout simplement pour eux, l’ HIPPODROME DE RIO SALADO. Et c’est dans cette allée bordée d’oliviers que, le troisième jour de fête des Vendanges, avait lieu la fameuse course de chevaux.

Avant de vous parler de course, je tenais à résoudre cette énigme: d’où venait ce nom, LA FOLIE? J’ai donc contacté Constant KRAUS, Tétou, pour les amis. Il m’a appris que cette propriété appartenait, à l’origine, à Jean COMBES. Jean COMBES, que nous avions « rencontré », vous vous en souvenez, à la mairie où il fut adjoint spécial de 1888 à 1896. Ce monsieur, un des pionniers de notre village, fit construire dans cette propriété une maison -écoutez bien!- une maison à deux étages! Nous sommes dans les années1900. RIO est encore à l’état embryonnaire. Les quelques habitants du village, n’ en croyaient pas leurs   yeux. Une maison à deux étages! « Una locura! » (Une folie!). Elle allait s’effondrer à la première occasion! Les Saladéens, déjà à l’affût d’ un bon mot, la baptisèrent: « La FOLIE du PÈRE COMBES« .

Lors de mes investigations, j’appris par André DE TORRES qu’il y avait une autre FOLIE à RIO. Elle se situait à la sortie du village, en allant vers AÏN TÉMOUCHENT. C’était une parcelle de vigne, une enclave dans les terres d’ Edouard CARDONA. Aussi, voulait-il l’acquérir, malgré les refus de son propriétaire, le grand-père d’ André, Manuel ANDREU. Celui-ci en désespoir de cause,  lui proposa un prix exagéré, vraiment déraisonnable. L’acheteur conscient de son acte, accepta l’offre en prononçant ces paroles: « C’est une folie ». Et  cette enclave garda, pour la famille ANDREU,  le nom de la FOLIE.

  Pas de course dans cette FOLIE-là!

Revenons à nos courses de chevaux du lundi de fête des vendanges. Yvon LOZANO, notre mémoire, me racontait que RIO comptait de très bons cavaliers. Certains avaient leurs écuries, leurs  chevaux. Ce lundi-là, la journée promettait d’ être belle. Les aficionados et les curieux arrivaient  entre amis, par le boulevard national. D’autres, comme me le confiait Henri CLAVERIE,  plus courageux, empruntaient un chemin de terre situé derrière la cave de Louis KRAUS, à droite, au bout de  la rue de TURGOT aboutissant  également à la FOLIE . Tout ce monde s’installait en bordure de l’allée, sous les oliviers. Tandis que les chevaux prenaient place sur la ligne de départ. Il y avait là, selon les dires d’Yvon,  cavaliers et montures prêts à s’ élancer sur la piste de la FOLIE:

                         Achille KRAUS ( Achilou pour les amis),

                         Enriqué TORRES (amicalement appelé Toraïco),

                          François MACIA (le père),

D’autres fois, on pouvait voir:

                          Mimoun, notre sympathique chauffeur de taxi

                          et M. PALOMO

et, présents à toutes les épreuves, les cavaliers arabes venus participer à la course, Tous très doués, d’après Yvon.

C’était un plaisir de les voir galoper tous ensemble. Qui remportait les courses? Le souvenir est trop lointain, et d’ailleurs sans importance aujourd’hui.

Les chevaux ont été une passion pour certains Saladéens. Le premier de ces passionnés fut Emile JOUVE. Dans le livre:  » La formidable épopée des Oraniens », on peut lire:

« Monsieur Emile JOUVE, qui est un ami du cheval, ne néglige aucun sacrifice pour le montrer, a créé une écurie de course selon les directives qui lui sont personnelles, et on peut affirmer que d’ ores et déjà, il a obtenu de très larges et légitimes satisfactions. Dès avant la guerre, il possédait deux demi-sang dont la valeur était réputée ( …) Aussitôt la paix conclue, il se préoccupe de donner à son écurie, une impulsion nouvelle. Son pur-sang RAIFORT gagna de haute lutte le GRAND PRIX D’ALGER en 1922. »

Plus près de nous, le second aficionado fut Rafael POVEDA. J’avais demandé à son petit fils Robert WARNERY de me parler de la passion de Rafael pour les  chevaux:

« Je me souviens, me dit-il, de la façon dont il se prenait à rêver en regardant sa jument ESTRELLA , et son poulain MÉTÉOR qui s’ ébattaient dans le grand parc de la ferme, près du djebel SIDI KACEM, parc réservé à leur dressage. Les chemins de terre qui desservaient les accès aux parcelles de vigne autour de la propriété, avaient été aménagés en piste adéquates  aux normes des champs de courses homologués, pour parfaire leur entraînement de TROT ATTELÉ. (….) En cette année 1958, dont je me souviens avec émotion, mon grand-père Rafael nous emmenait avec mon ami Gérard LAMBERT à l’ hippodrome du FIGUIER pas très loin de LA SENIA près d’ ORAN. Rafael était propriétaire d’ ÉGÉRIA, et d’ HELIOTROP des chevaux de course. (…) Quelle joie! Quelle fierté dans son regard, dans son maintien quand il gagnait une course!… »

Un troisième amoureux de chevaux fut Louis DE TORRES. André m’a raconté que son père a acheté à Edouard CARDONA une jument de course: MASCOTTE. Elle courut de nombreuses fois à l’hippodrome du FIGUIER.

La passion des chevaux ayant de nombreux adeptes dans le village, ce fut normal d’avoir des courses sur l’hippodrome de RIO: LA FOLIE.

J’oubliais  de vous parler d’ une autre course, dont Albert RICO, évoqua , des rires plein la voix: la course de bourricots farfelue et délirante qui attirait un public de jeunes….Cette course se déroulait, m’a-t-il dit, à la ferme CARREGA  qui  se trouvait du côté de la gare .

 Pour étoffer ou compléter toutes ces informations, je compte sur Vous TOUS. J’espère que ce n’est pas… « Folie » de croire  que vous m’aiderez!

Vue aérienne de Rio Salado (archive de l’amicale du Rio Salado)
Rafael POVEDA.