Autour de Pâques

Les cigognes.
Elles font toujours leur nid sur la haute cheminée de la cave coopérative à Er-Rahel. On le voit bien depuis la maison. Et c’est souvent un jour autour du dimanche de Pâques que les petites cigognes prennent leur envol. Un vrai spectacle!

Photo Colette INFANTES.



Le jour de Pâques chez ma tante Marie-Jeanne.
Je suis devant le magasin de Pépé Thomas, juste sur le bord du trottoir, comme pour regarder les voitures passer. Et je mange de la mona accompagnée d’une mandarine.
La mouna (on a toujours dit « mona ») est hors de portée des enfants, sur une haute étagère dans la cuisine. Mais papa en coupe deux tranches chaque fois que la première est mangée.  » Pour égaliser, dit-il, une pour moi , l’autre pour lui, en cachette ! »
Une autre fois, encore un jour de Pâques, je me suis étalée dans les orties en cherchant les œufs en chocolat. J’étais en short, et il en a fallu du vinaigre pour tamponner mes cuisses!

Mona 2015 (archive Colette INFANTES)




8ème Balade: La MAIRIE de RIO 1959-1962- Henri BOUR.

Me revoilà parmi vous. Nous allons pouvoir clôturer la visite de notre mairie. Je dois vous avouer que, depuis quelques temps, j’étais devenue une adepte de l’ école buissonnière. Mais que voulez-vous? Je n’ai pu m’empêcher d’assister au match de boxe de Tony ASSENCIO, d’écouter l’intervention du général LECLERC, dans la salle de notre cinéma, le CASINO. J’ai même fait un tour en BOUYOUYOU, le petit train d’ HAMMAM BOU HADJAR. Et les fêtes de Noël m’ont tenue éloignée de notre mairie. Bref! Soyons sérieux!Attachez vos ceintures! Nous retournons dans le RIO SALADO de nos jeunes années! Dépêchez-vous! M. le maire nous attend. Pardon! M.Henri BOUR, Président de la Délégation Spéciale de RIO SALADO, nous attend. Poussons la porte de la salle des mariages. Pas de bruit s’ il vous plaît! Tout le Conseil Municipal du village est là. RIO SALADO reçoit une délégation du LOIR et CHER afin de sceller le jumelage entre les deux villes : BLOIS et RIO SALADO.

Écoutez M. Jean ROBERT, Jeannot pour les intimes, nous exposer le compte-rendu de l’entrevue: ( le « SEL, » bulletin paroissial de notre bon abbé Joël PLENIER: )

« Ils sont arrivés le lundi 7 mars 1960, accompagnés par M. le Sous-Préfet NICOLLE, M. le Député BERROUAÏNE, et par de nombreuses personnalités de l’arrondissement. Après les avoir accueillis, le maire, M.BOUR, leur a présenté le Conseil Municipal et a fait un bref historique, très documenté, sur les origines de RIO SALADO….Puis, il invite ses hôtes à visiter les réalisations locales. C’est d’abord le douar SIDI SAÏD où les anciens gourbis ont été rasés pour faire place à des rues larges et bien tracées, bordées de maisons neuves, couvertes de tuiles. L’atelier des tapis, où la main d’œuvre féminine est essentiellement musulmane, retient longuement leur attention. Puis le cortège s’arrête au centre de triage où l’assistante sociale, Mademoiselle OLIVER, fait un très intéressant exposé sur les buts de cet organisme où les femmes apprennent un métier (tapis, couture, repassage) et suivent des cours de langage et lecture dans une véritable salle de classe, sous la conduite de monitrices expérimentées. La visite de la pouponnière est toujours une surprise pour ceux qui y viennent. Une centaine d’enfants, dont les mamans travaillent, accueillent les visiteurs…L’atelier de céramique, le dernier né, intéresse vivement nos hôtes, qui ne s’ attendaient pas à trouver tant de belles choses dans une industrie débutante. De nombreuses pièces font leur admiration…,et ils sont tout heureux de remporter, chacun, un souvenir de leur visite. L’atelier de couture, où une trentaine de jeunes filles musulmanes apprennent aussi à lire, écrire, repasser et faire la cuisine, est la dernière des réalisations que voient nos hôtes. Le cortège se rend à Turgot où le Maire, M. PITT, souhaite la bienvenue et présente ses collaborateurs. La visite de TURGOT-PLAGE est de courte durée: le mauvais temps n’invite pas à la promenade. Un vin d’ honneur est servi chez M. BOUR. Mmes BROTTES et NICOLLE ainsi que les maires de TURGOT, d’AÏN TÉMOUCHENT, LAFERRIÈRE, HAMMAM BOU HADJAR rejoignent le cortège. La matinée est bien avancée lorsque tout le cortège se retrouve à RIO SALADO où est prévu le repas. Il est près de 6 heures lorsque nos hôtes nous quittent…….Voilà ce que nous avons montré à nos hôtes pour qu’ ils emportent une image de notre région». Et M. Robert de finir son article sur ces mots:

«Mais pourquoi tant de Saladéens ne connaissent-ils pas encore toutes ces œuvres que les villages des alentours nous envient? Parce que nul n’est prophète en son pays, sans doute…. » J.ROBERT

Savez-vous, mes bons amis saladéens qui suivaient nos balades, tout ce que ce jumelage a apporté à notre village?

Au printemps de la même année, Mme BOUR, qui prit en main l’Action Sociale du village, envoya une équipe tenir un stand à la foire Exposition de BLOIS. Écoutez le reportage de Thérèse MACIA et d’Yvette DE TORRES, ( le « SEL » juin 1960):

«C’est par un bel après-midi de printemps que notre groupe, composé de quatre Musulmanes et deux Européennes, prenaient l’avion pour PARIS à destination de BLOIS…Le but de notre voyage était de tenir un stand à la Foire Exposition annuelle de BLOIS. Nous avions les carreaux, les céramiques et les tapis des ateliers de RIO SALADO pour le décorer…Mais notre voyage ne fut pas seulement un voyage sans lendemain. Pour mieux concrétiser le jumelage de nos deux villes, nos amis de BLOIS nous ont offert de recevoir dès l’été prochain, 70 enfants de l’ arrondissement d’ AÏN TÉMOUCHENT dans une de leur s colonies de vacances. Ils nous ont également offert d’accueillir 5 ou 6 orphelins de notre arrondissement qui pourront là-bas apprendre un métier. Il vont rechercher aussi un centre d’ apprentissage de céramique où notre amie Mériem pourra, si elle le veut, se perfectionner et devenir monitrice…Comment exprimer notre joie à toutes de voir ainsi se terminer un si agréable et fructueux séjour!…..». Merci Mesdemoiselles!

Je vous suggère, pour de plus amples informations, de cliquer sur « ARCHIVES: Mars 2018 – Odette BOUR, ». Vous apprendrez que M. JORDA dirigeait l’atelier de céramique, Vous prendrez connaissance de l’aide que BLOIS apporta à des Saladéens.

J’ajouterai que l’action conjuguée de M. et Mme BOUR et de leur équipe, dans ces années troublées, attira l’attention du préfet. Henri BOUR, leur fils, me raconta que: « Cité en exemple par le préfet, RIO SALADO reçu l’équipe de Pierre DESGRAUPES, qui devait réaliser un reportage pour « 5 COLONNES à la UNE », reportage qui n’eut malheureusement pas de suite. Peut-être parce que l’exemple de RIO SALADO n’avait pas été suivi par d’ autres villages».

Il est vrai que dans ces années 1959-62, un regain d’ énergie secoua le village. Le 28 janvier 1959, nous assistions au mariage d’ Annie BOUR et de Robert CHAPUIS. L’ECHO d’ORAN relate l’événement. Vous pourrez le lire dans l’album-photo au bas de cet article. Puis, il y eut la journée de la femme, le 19 mai 1959, les défilés de la territoriale en 1960, et, malgré ces temps incertains, les kermesses. Notamment celle qui se déroula en mai 1959. Non pas sur la place du village comme auparavant mais à la cave coopérative. Une kermesse d’une seule journée. Une « journée fériale », nous dit l’ abbé PLENIER, avec, pour finir en beauté, «devant le bar américain décoré avec talent, un orchestre qui donne aux jeunes, l’ambiance et la gaîté recherchées» nous font savoir Jean et Lucette (le SEL) . Un article de l’ECHO d’ ORAN de 1960 (voir album-photos), nous signale que la kermesse de RIO SALADO a obtenu un brillant succès». Ce fut la dernière! Pas de tristesse! nos villageois sont plein de ressource! En cette année 1961, Paul ARACI, nous apprend « qu’un spectacle de variétés monté de toutes pièces par des Saladéens, grands et petits, allait se dérouler le dimanche et lundi de Pentecôte, dans la petite salle Saint Joseph aménagée en théâtre de poche. Alors en avant la musique!…La bonne graine n’est pas morte à RIO. La preuve.!!!»

À l’affiche:

Marie Thérèse DAVID, déclamant un poème.

Monsieur HEUMAN dans le rôle de DROLIN, le comique troupier.

Paulette CARENO, pianiste.

Marie-Jeanne ARACIL, Pierre ARNOUX,Marcel BELTRAN, Hélène ARNOUX, Michel LAMBERT, Marie-Paule ARACIL: Orchestre LOS PINCHOS

Jeanne ROSELLO et Régine ARACIL les DOLLY -SISTERS.

Le décor était de Lucienne CARMINELLI-NAVARRO.

Et puis juin 1962 arriva…..

Je ne peux passer sous silence, le dernier conseil de révision. Pas « folichon », il est vrai! Jean Paul AMAT vous le raconte dans « ARCHIVES : juin 2016″. Bien sûr, si l’on se souvient des bals des anciens conscrits, que de regrets!!!!!! Sachez que le conseil de révision de l’ année précédente fut du même genre. Allez les voir dans l’ album-photos ci-dessous.!

Et la vie continuait malgré tout dans le village…Je laisse Marie Thérèse POMARES vous conter les derniers jours de ce mois de juin.

« Nous étions fin juin 1962. La situation en ALGERIE était très troublée et incertaine. Mais n’entrons pas dans l’ HISTOIRE. C »est d’un mariage dont je vous parle. Marie Thé et Raymond faisaient des projets de mariage. Comme toute jeune fille, elle échafaudait, imaginait, une belle cérémonie…Mais voilà, en ces temps agités, les rêves mêmes les plus simples étaient malmenés par le destin. Et ce lundi matin, le 23 juin 1962 , monsieur RICO, le père de Raymond qui pressentait des moments à venir très agités, réunit la famille et déclara:

« –Si vous voulez vous marier, faites-le le plus vite possible. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait! Vayas con Dios, hijos mios. »

Après un moment d’étonnement, vite dissipé, la « course au mariage » fut déclenchée. Première visite à la mairie, encore française, afin de publier les bans et de se procurer les licences nécessaires.

Et la robe? Le mariage n’était pas prévu si tôt…Vite, chez Mme ALCARAZ, la couturière du village où Marie Thé apprenait à coudre:

« —Désolée, Marie Thé, nous quittons RIO, mercredi. Nous rentrons en FRANCE. Mais le tissu est pour toi : je te l’ offre. C’est tout ce que je peux faire. Je suis profondément désolée! »

Ce mariage s’annonçait mal! Mon Dieu! Avoir au moins une robe blanche pour marquer cet événement, se lamentait la future épousée.

Trois jours ! Il restait trois jours. Et pas de robe! Alors les amis de Marie Thérèse et de Raymond, la communauté restante du village, vint en aide au jeune couple. Madame GATTI, la maman de Jean-Pierre, entreprit de lui confectionner la robe. Madame GARAIT, la modiste de RIO, lui offrit le voile et les fleurs d’oranger. Quand à Jean Pierre, il se proclama photographe. Le temps passa vite et le samedi arriva…Le président de la Délégation Spéciale, M. BOUR les attendait à la mairie. Les formalités furent empreintes de tristesse. Cette célébration serait la dernière dans la mairie de RIO encore française pour une heure. Après la remise du livret de famille et les félicitations d’ usage, M. BOUR s’empara des registres, ferma la porte de la mairie, emportant avec lui, le buste de MARIANNE, symbole de la FRANCE .Ce mariage, prévu joyeux, fut lugubre, d’une tristesse sans borne, des larmes coulaient sur les joues des invités…».

M BOUR, le dernier maire de RIO SALADO, venait de refermer pour toujours, la porte de la mairie! C’était …il y a bien longtemps maintenant….

Allez! Au diable la tristesse! Nous ne sommes pas là pour refaire l’ HISTOIRE, comme nous le faisait remarquer Marie-Thérèse, mais pour sortir de l’ oubli le « RIO sans souci » de notre adolescence.

Alors, à notre prochaine rencontre, je vous attends au PENALTI-BAR. Je vous invite à boire une « agua limon » préparée par Mme BERNABEU, servie par Simone.

A plus!!!

*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Pour information:

« Pour les esprits curieux« , j’ ajouterai ce N.B du Docteur Vincent ROSELLO que j’ai retrouvé dans le bulletin  » le SEL » n° 37 de Mai 1960:

« RIO SALADO compte (au dernier recensement):

12 653 habitants dont 1 175 enfants sont scolarisés de la façon suivante dans les écoles du village:

École de filles: 442 dont:

140 Européennes

280 Musulmanes

École de Garçons: 482 dont:

120 Européens

362 Musulmans

École Maternelle: 242 dont:

40 fillettes européennes

80 fillettes musulmanes

34 garçonnets européens

88 garçonnets musulmans

Cours Complémentaire: 25 élèves.

Saint Éloi à Turgot.

Merci René pour ton article sur la Saint Éloi, patron des travailleurs comme les forgerons, charrons et autres métiers se servant d’un marteau pour façonner le fer. A Turgot, les ateliers de charrons, forgerons, de maréchaux-ferrants étaient nombreux car l’entretien du matériel viticole et l’utilisation de mules et chevaux, nécessitaient l’intervention de tels métiers.

Mon père, Albert ARMAND, faisait partie de ce monde là. A 14ans, pupille de la Nation, il a été embauché dans l’atelier de monsieur MONZA. Puis, il a continué son apprentissage chez monsieur GATEAU. Plus tard, il s’associe à Robert LOPEZ avant de s’installer à son propre compte, dans la maison familiale pour exercer le métier de charron-forgeron.

Aussi, notre enfance a été bercée par les bruits de la forge. Enfants, celle-ci nous a toujours attirés malgré l’interdiction de rôder dans les parages. Pourtant, notre curiosité étant plus forte, nous étions captivés par ce foyer permanent, rougissant le fer enfoui dans les braises incandescentes. Avec une profonde admiration, nous regardions mon père portant un grand tablier de cuir et muni de gants épais qui le protégeaient. Son ouvrier, Mohamed, actionnait le grand soufflet. Le fer rougissant était transporté à l’aide de grosses pinces sur l’impressionnante enclume. Puis la masse, énorme à nos yeux, assénait plusieurs coups retentissants sur cette barre encore brûlante pour lui donner la forme voulue. Ma sœur et moi, nous nous bouchions les oreilles et nos éclats de rire fusaient dans cet atelier. Que de souvenirs!!!

Plus grandes, nous ne pouvions plus y aller mais les coups de marteau parvenaient toujours à nos oreilles. Dans la cour, le nombre de charrettes, de tombereaux, de charrues augmentait durant les périodes des vendanges et des labours. Autant de lieux de jeux pour les enfants que nous étions : cachettes, maisonnettes,… Mais aussi, scènes de spectacles improvisés. Au mois de Juillet, les hommes de la forge préparaient la venue tant attendue des vendanges. Très tôt, ils allumaient les feux et remplissaient le grand baquet d’eau. Le cerclage des roues commençait. Les cercles en fer étaient chauffés et sertis sur les grandes roues en bois à grands coups synchronisés des masses. Puis, dans un grande nuage de fumée, les roues étaient plongées dans l’eau froide à proximité. Nous étions réveillés par toute cette effervescence, ces coups de marteau, et les voix d’hommes donnant des conseils ou des ordres. Pourtant,rassurée par ces bruits familiers , ce vacarme ne m’empêchait pas de reprendre mon sommeil.

Il reste que mon père faisait référence à ce bon saint Eloi. Peut-être même l’a-t-il fêté à sa manière tant son amour de ce métier l’a accompagné durant cette époque heureuse. Ces chauds souvenirs s’arrêtent là, hélas!

Qui s’en souvient?

Nous venons d’entamer le mois de Décembre et les médias nous reparlent,
comme tous les ans, du CALENDRIER de l’ AVENT.
Moi, j’étais bien jeune à Rio, (il y a bien longtemps) et, si je ne souviens pas de  »L’AVENT » par contre, je me souviens qu’au début décembre, on fêtait Saint Éloi, patron des forgerons, maréchaux-ferrants, mécaniciens et autres métiers mécaniques.

Ce matin-là il y avait chez tous les professionnels , offert aux clients , amis (en fait, à tous), un casse-croûte comme on savait les faire à Rio.
Quelle ambiance conviviale, amicale, joyeuse et moqueuse avec des plaisanteries dans un idiome bien de chez nous !!!
Pour ne  »vexer » personne, on passait allégrement de chez Firpo, chez Mourcet, chez Pep, chez Jurado et tous les autres qu’il me serait difficile d’énumérer aujourd’hui.
Au menu : c’était sardines, petits rougets, longanisse, grillés. et charcuterie . Tout ce que nous aimions.  Je ne parle pas du vin qu’on pouvait boire soit dans un verre (pas en plastique) soit (j’ai oublié le nom) à la régalade, à la bouteille avec un roseau taillé en biseau (écolos avant l’heure).

Je pense qu’à midi, au déjeuner, peu de participants devaient faire honneur au repas familial.

Aujourd’hui je ne retrouve pas sur le calendrier St Éloi en décembre . Il a peut être été…confiné ! Ou il est tout simplement resté à RIO qui savait tellement le fêter.

René CARDONA
Abidjan
05 Décembre 2020

Illustration de Jadette Salva, notre archiviste omniprésente.

1911-La forge de Grégoire VALERO. Les familles de forgerons. Au premier plan, l’enclume. (Archive de l’amicale du Rio Salado).
1931- la forge de M. FIRPO-Antoine et Tanou FIRPOBernabé SANCHEZGrégoire VALERO. (archive de l’amicale du Rio Salado)
Atelier CARREGA- M. CARREGA au centre- M. MAESO casque colonial- Tio Pépé tablier (archive de l’amicale du Rio Salado)
La forge d’ Albert MOURCETAlbert RIZOAbdellah GOURINETAlbert MOURCET (archive de l’amicale du Rio Salado)
Atelier M.MALLEBRERA (archive de l’amicale du Rio Salado)
1914- ouvriers ferblantiers du côté de la gare. (archive de l’amicale du Rio Salado)
(Archive de l’amicale du Rio Salado).
(Archive de l’amicale du Rio Salado).
Atelier Francis PEREZ (Archive de l’amicale du Rio Salado).



« Le BOUYOUYOU. »

Jean MarcGELY m’a envoyé une vidéo dans laquelle Ghalem BOUHA nous raconte le « BOU YOUYOU ».

Mais, qui peut avoir oublié le BOUYOUYOU! Le petit train mythique d’ORAN?

Écoutez, GHALEM BOUHA vous raconter l’histoire de ce petit tortillard qui sillonnait la région, entre ORAN et HAMMAM BOU HADJAR. « Petite fleur » de Sidney BECHET interprétée par Fausto PAPETTI, et « Mourir d’aimer » par le VIOLINO Orchestra, vous accompagneront pendant le trajet. Mais avant de vous hisser dans les wagons du BOUYOUYOU, je tenais à vous situer l’époque de ce petit train. « MÉMOIRE VIVE » , la revue du CDHA (Centre de documentation historique sur l’ ALGÉRIE), a publié un article de Guy MONTANER, sur « Le BOU YOUYOU, le petit train de la nostalgie ». En voici un extrait:

« …NAPOLEON III, lors d’ un discours avait dit: «  Nous avons des territoires incultes à défricher, des routes à ouvrir, des ports à creuser, des barrages à réaliser, un chemin de fer à installer. Nous avons en face de MARSEILLE un vaste royaume assimilé à la FRANCE… » Voilà pourquoi quelques années après furent mises sur rail de vieilles machines un peu dépassées par l’âge…parmi ces dernières, une de celles qui fut à l’origine de notre récit. Baptisé « BOU YOUYOU », Ce petit train mythique à vapeur, à voie étroite de 1,05m, plein de promesses, fut chargé d’ assurer la desserte entre ORAN et HAMMAM BOU HADJAR, toute nouvelle station thermale, qui attirait nombre de visiteur. …..Une ligne de 72km, présentant parfois quelques difficultés , synonyme de folklore durant les 3h que durait le trajet… »

c’est la fameuse Compagnie du TRAMWAY d’ ORAN, créée en BELGIQUE le 21 avril 1906 qui, après bien des démarches administratives, ouvrit la ligne de notre BOU YOU YOU en 1911 ( notes de Guy MONTANER.)

Et BOU YOU YOU , pourquoi?

Je laisse Ghalem BOUHA vous l’ expliquer:« Les passagers du Bou YOU YOU prenez place , la vidéo va démarrer , Bon voyage dans le temps passé!.

La boxe à Rio: un champion amateur.

Je vous avais bien dit que RIO SALADO était passionné de boxe! Je vous présente aujourd’hui: Louis DE TORRES , 23 ans, né le 19 mai 1900, boxeur amateur dans les poids welters. Pour les non-initiés: « poids welters »: catégorie dans laquelle se classent les boxeurs dont le poids est compris entre 63,5kg et 67kg.

Louis DE TORRES, lors  de son dernier match, le 14 Avril 1923,  rencontra un boxeur Noir, costaud, dont le nom fut oublié. Le combat fut rude,  Louis DE TORRES venant à bout de son adversaire,  réussit à l’envoyer au tapis. Il   fut déclaré vainqueur. Il rentra chez lui couvert de bleus certes , mais content et heureux. D’autant plus que, pendant le match, son épouse mettait au monde leur premier fils: EMMANUEL. Louis DE TORRES fut également  le père de Louis, Yvettte, Marie-Claude, André et Lucie.

Devoir de mémoire: 1er novembre 2020.

Quelques photos récentes  du cimetière de Rio, démontrant qu’il a bien été réhabilité et le message de J.J. Lion, président du CSCO, que je remercie, ainsi que son équipe, pour le travail déjà accompli et celui qu’il poursuit toujours pour les autres cimetières d’Oranie.

« En cette journée mémorielle, le CSCO déposera en notre nom à tous, ABS, CSCO , Oranais,  Mascaréens, Saïdeens, Kébiriens, Mostaganémois, Belabésiens, Saladéens, Témouchentois, Tlemcéniens, et amis de tous les villes et villages d’Oranie, une gerbe et des prières en différents lieux de toute la région PACA.

Malgré l’âge et les difficultés de tous ordres, nous maintenons notre DEVOIR DE MÉMOIRE.

Nous savons et partageons la douleur et la souffrance que les récents événements et agressions barbares doivent réveiller en vous? Ces fleurs déposées en votre nom en  seront le témoignage.

Nos correspondants locaux, toujours présents, actifs et dévoués, nous ont transmis des nouvelles réconfortantes des travaux entrepris ou en cours sur les différentes nécropoles. Un reportage est en préparation et vous sera adressé par l’intermédiaire de notre publication : le DDM.

Mgr Jean Paul Vesco se rendra ce jour au cimetière Tamazouhet d’ORAN pour bénir nos tombes présentes et la mémoire des éloignés et disparus. Les autorités françaises seront représentées.

Mémoire et fidélité restent présentes, portées par nos prières.
ND de Santa Cruz  les sanctifiera pour nous.
Merci à vous tous
. »

En votre nom à tous,
Dr Jean-Jacques Lion
Pdt CSCO
et tout le Conseil d’administration.

La boxe à Rio: Ambroise ASCENSIO, dit « Young », successeur de « Tony Dynamite ».

Avant de vous parler d’Ambroise, cousin germain d’ Antoine ASCENCIO,  dit Tony Dynamite, laissez-moi vous emmener, d’un simple coup de crayon, dans notre bonne ville de RIO SALADO. Nous sommes dans les années de jeunesse du cousin Antoine.

Yvon  LOZANO, notre mémoire saladéenne, me racontait que, durant les années 1915 à 1920, la boxe était un sport très apprécié par nos villageois. Les combats, véritables spectacles, se déroulaient sur la place du village. Le matin de  bonne heure, son père,  Jean LOZANO, conseiller municipal « chargé des loisirs », (dixit Yvon) venait installer le ring.  Au  centre de ce qui allait devenir le square MILHE POUTINGON, il disposait 4 tonneaux coiffés d’une estrade faite de planches Il clôturait le tout  avec des cordes fixées aux 4 piliers: le ring était fin prêt. Ces combats attiraient une foule de curieux, de tous bords qui s’agglutinait autour du ring envahissant la place. Tout ce petit monde suivait de très prêt le combat, encourageant de la voix les boxeurs. Lors d’un K.O, les spectateurs excités s’époumonaient à compter, dans un ensemble parfait, ces secondes fatidiques qui clouaient le vaincu au plancher. Le vainqueur, fatigué, quelque peu  amoché, mais heureux, était ovationné par des Saladéens admiratifs.

Plus tard, lorsque fut construit le cinéma le CASINO, pour l’occasion,  il se transformait  en salle de spectacles où se déroulaient aussi des combats de boxe. Le ring prenait place sur la scène. Encore jeune garçon, Yvon était venu, accompagné de ses frères, acclamer la vedette montante de la boxe: un enfant du village: Ambroise ASCENCIO, dit « le YOUNG« . Tout RIO était présent dans la salle, installé sur ces chaises en fer qui claquaient très bruyamment lorsqu’on se levait. Yvon, se souvenait encore de son admiration devant la musculature du boxeur: « des bras énormes qui faisaient peur à voir », me disait-il. Ambroise ASCENCIO, « le YOUNG«  comme on le surnommait, était le cousin germain d’Antoine ASCENCIO dit « TONY DYNAMITE« .

La  suite de mon article me vient de Raymond ASCENCIO, le fils d’Ambroise,

Le père d’Antoine et  d’Ambroise, ainsi qu’un troisième frère, furent élevés à l’orphelinat de MISERGHIN, dernier village avant d’arriver à ORAN.

Vous avez fait la  connaissance, dans l’article précédent, du premier des frères : le père de TONY, boucher,  déjà installé à RIO SALADO. Le deuxième frère, Ernest ASCENCIO,  épousa, le 6 septembre 1890,  Maria Ramona JAEN née à MERS EL KEBIR. Après la naissance du troisième enfant, ils quittèrent ORAN pour rejoindre La famille ASCENCIO à RIO, où ils s’installèrent eux aussi  comme artisans-bouchers. Ernest et Maria élevèrent 6 enfants, dont:

Armand, boucher à RIO.  Sa boucherie était située rue Maréchal FOCH, en face de la pâtisserie de PILAR.

– Auguste, appelé « TITO« , charcutier à RIO. La charcuterie  se trouvait rue Maréchal JOFFRE, pas très loin  du studio de photos de M. DUCHEMIN et de la boulangerie De Mme MACIA.

– et Ambroise, né à RIO SALADO, qui allait devenir durant les années 1930-1945 CHAMPION de BOXE  AMATEUR.

Ambroise est né le 19 septembre 1905. Le jeune Ambroise avait une force terrible, il était très grand: 1m85 pour 90kg. Un bel homme dirons-nous. Mais paradoxalement, toujours   d’après les dires de son fils, Ambroise avait un visage d’ « ange » . En fait, la boxe n’était pas son « truc ». En 1930, poussé par un manager, impressionné par sa force herculéenne, il se lança dans la boxe. Il deviendra entre 1930 et 1945, CHAMPION d’AFRIQUE du NORD, poids mi-lourd, et prendra le nom de AMBROISE ASCENCIO dit « YOUNG« .

Armand et Tito restèrent à RIO où ils régalèrent bons nombres de Saladéens.. Ambroise, lui, alla vivre à ORAN, continuant son parcours de champion, puis,  arbitrant les matches de boxe durant les années 1945…1962.

Pour aller plus loin dans le palmarès de ce champion:

https://boxrec.com/en/proboxer/744330

Quand « Bao Dai », empereur d’Anam, est venu à Rio-Salado.

C’est une anecdote véridique, que j’ai entendue souvent racontée à la maison.
Bao Dai avait fait la connaissance de la cousine de mon père, Camillette Rosello, à Vichy – haut-lieu de cure, et de villégiature chic- dans les années 1930. ( Mon grand-père s’était lié d’amitié avec Pierre Loti!)
Elle était, paraît-il, d’une beauté ensorcelante.
Coup de foudre, échange de correspondance…C’est ainsi que Bao Dai vint à Rio, avec sa suite, la demander en mariage. On imagine l’émoi du village… Elle déclina la proposition. Mais elle fit relier toutes ses lettres dans un marocain de cuir rouge que ses enfants ont dû garder.

Le général LECLERC à Rio: suite.

Bonjour Marie Jeanne! Ton article est très intéressant, il soulève un  pan de l’HISTOIRE de RIO SALADO que beaucoup d’entre-nous ne connaissaient pas. En suivant l’exemple de notre « ouedmaster » et avec l’aide de mon fils nous avons « surfé » sur le site de:

« chars-français.net » : histoire du 12è régiment de chasseurs d’ Afrique « 

http://12rcahistorique.canalblog.com/

et nous avons recueilli de nombreuses informations concernant la venue du Général LECLERC , dans notre village que tu évoques, pour notre plus grand plaisir, dans ton article .

«….

– le 14 février 1943,  par voie ferrée,  l’ État-major, les 1er Escadrons et l’PHR rejoignirent RIO SALADO, petite commune de l’ Oranie en ALGÉRIE, pour y cantonner.…..

-Le 15 février,  le groupe autonome fut rebaptisé: 12e Régiment de Chasseurs d’AFRIQUE, et transformé en régiment de chars.

-Le 1er mars, le lieutenant Colonel de LALANDE, chef de corps, décida de remanier complètement l’organisation du Régiment:

– Chef de Corps : Lieutenant Colonel de LANGLADE à Rio Salado

– Commandant en second : Chef d’Escadrons DIDELOT à Rio Salado

– Commandant adjoint : Chef d’ Escadrons MINJONNET à Rio Salado

– Capitaine Commandant l’EHR : Capitaine STARCK à Rio Salado                                                                                                             

– Escadrons d’ Échelon :  Capitaine ROUVILLOIS à Rio Salado

– 2éme groupe cantonné à HAMMAM BOU HADJAR

– 7éme Escadron Capitaine GRIBIU, détaché pour la campagne de TUNIS à Turgot

– 1er Escadron :  Capitaine PROUHET à Turgot

 – 456 hommes pour le régiment.

Le 3 mars, l’arrivée des jeunes des CHANTIERS de JEUNESSE permit de renforcer les escadrons.»

« A RIO SALADO, le RCA continua son instruction et son entraînement sur 4 vieux chars FT17 dénichés à ORAN .

-En juin 43,  le régiment avait également récupéré des camions FIAT italiens, en parfait état de marche, provenant de la reddition de leur troupes à  TUNIS , le mois précédent.

On peut lire dans le compte rendu du Général SAINT DIDIER,  commandant la Brigade Légère Mécanique en juin 1943 :

« …pour conclure, disons simplement que 19 chars sur 23 sont aujourd’hui à RIO SALADO.»

Et plus loin :

«RIO SALADO, avec sa petite église, sa mairie, le square,d’une propreté méticuleuse et à l’ensoleillement quasi perpétuel, faisait penser à une petite ville de province de la MÉTROPOLE. Les officiers et les sous-officiers étaient logés chez l’ habitant .

En ces temps difficiles, il y avait à RIO SALADO, pour chaque chasseur une « marraine de guerre » qui lui tricotait chaussettes et pulls et lui envoyait, en même temps qu’une photo, quelques gâteries: soutien moral efficace…

– Un jour du mois de juillet 43, tous les officiers et sous-officiers du régiment, environ 120 personnes, furent convoqués  au cinéma du village par le général LECLERC. Ce dernier arriva en saharienne, short, sa canne au bras, accompagné sur scène par le colonel de LANGLADE. Quelques mots, quelques détails sur la 2e DB en formation, et sa profonde conviction en la victoire finale.

– A compter du 3 août 1943, le 12è Régiment de Chasseurs d’ AFRIQUE fut formé en Régiment de Chars Légers.

– Le 9 août, le général GIRAUD vint visiter le régiment à RIO SALADO.

– Le 24 août 1943,  le Général LECLERC reçut officiellement le commandement de la 2èDB.»

Bravo Marie Jeanne! Et encore un Grand  Merci pour cette page d’Histoire de notre village que ton article nous a permis de découvrir.