9ème BALADE: Rue Maréchal JOFFRE (2ème partie).

Nous voilà rassemblés sur la place, plus exactement sur la palmeraie en face de la station d’ essence de Manolico SANCHEZ. Nous nous sommes régalés avec les brochettes de KHADA. En fin de soirée, c’ est SULTANA qui prendra la relève. En rentrant de notre promenade, nous pourrons, si le cœur vous en dit, déguster la « melsa » , c’est sa spécialité. Vous verrez! Un vrai régal! Pour les non-initiés, la melsa c’est de la rate de bœuf farcie, cuite au four. Pour plus de renseignements, allez consulter le « Cahier de CUISINE des GRANDS-MÈRES du RIO SALADO » . Fifine CARDONA vous en donne la recette.

Melsa concoctée par Danielle ANDREO.

En attendant la fin de journée, je vous propose une petite virée dans le « MAGASIN de NOUVEAUTÉS » de Mme NAVARRO. Avancez-vous jusqu’au boulevard national. Sur le trottoir en face, à l’angle de la rue Joffre, en face de la quincaillerie de M. TISSINIÉ, vous avez la banque. La SOCIÉTÉ GÉNÉRALE et, à côté, le magasin qui nous intéresse: la BOUTIQUE de PRÊT à PORTER de M. et Mme NAVARRO et son annexe, le PETIT LOUVRE. C’est un grand magasin, avec une belle vitrine à droite de la porte d’entrée. A gauche, la devanture du PETIT LOUVRE. Trois marches à grimper et vous êtes dans la boutique. Il fait sombre. C’est vrai! Mais remarquez: les murs sont tapissés de vitrines, de tiroirs, de penderies, en bois foncé. L’éclairage se fait, en grande partie par la porte d’entrée. Comme la plupart des magasins du village. C’est un très beau magasin! Il m’est arrivé d’y aller avec ma mère, acheter, en autre chose, des sous-vêtements de la marque « PERLETTE » ou  » PETIT BATEAU« . Que j’aimais ce magasin! Au moment de régler la note, je m’amusais à faire l’inventaire de ce pupitre assez haut où Mme NAVARRO prenait place, pour encaisser nos achats. Un objet suscitait ma curiosité: une tige en fer plantée dans un socle en bois ou en métal -je ne m’en souviens plus- où elle enfilait des  » petits rectangles de papier ». Une « calbote » bien placée, mettait fin à ma curiosité. Pardon! Encore un mot de notre « langue régionale« : une calbote est tout simplement une petite claque. J’appris par la suite, que cet objet qui m’intriguait, était la façon dont Mme NAVARRO mettait en mémoire toutes ses ventes. Annie Robert me racontait que, lorsque avec Jeanne , elles accompagnaient leur mère au magasin, elles attendaient avec impatience le moment où, pour les occuper, ou les récompenser de leur docilité, Mme NAVARRO leur offrait des « images-devinettes » qui rappelaient des gravures anciennes.

Pour en savoir plus sur ce magasin, « écoutez » ce que Renée QUILES-CALLAMAND, sa petite fille, me disait:

« Mes grands-parents maternels ont exercé leurs talents de commerçants pendant près d’un demi siècle. Mon grand-père François NAVARRO fut d’ abord bourrelier. Il se ventait d’avoir été le premier « bachelier » de RIO SALADO. Ma grand-mère Pura ou Purica était mercière. Au fil des ans, leur situation changea…en mieux. La bourrellerie devint: La boutique de « PRÊT- à-PORTER » et la mercerie: »Le GRAND MAGASIN ». On y trouve de quoi s’habiller, se chausser, se parfumer, et même de quoi se déguiser…de la layette, du linge de maison, des tissus, des jouets, des colifichets, et même des couronnes mortuaires en perles et lettres argentées, des cartes postales, et des billets de loterie pour qui voulait tenter sa chance…

Dans le petit magasin, le « PETIT LOUVRE » vous pouviez avoir des vêtements de marques: Weil, Desarbre, Korrigan, Jantzen…

Ma grand-mère, intelligente et courageuse, dirigeait l’affaire. Elle n’avait nul besoin d’un Séguéla pour la publicité. Elle avait l’art d’attirer la clientèle et de la rendre fidèle. Mon grand-père, son « adjoint de direction », tenait la comptabilité. Il savait tout faire, tout réparer. C’était le Mac Gyver de l’époque. Tous deux travaillaient 7 jours sur 7 . C’est ainsi qu’ils ont élevé 5 enfants (Marie Louise, François, Hermine, Aimé, et Solange) et gâté leurs 11 petits-enfants: Renée, Cathy, Jean-Jacques, Jeanne, Pierre, Hélène, Jeanne, Paule, François, Michel et Paul.

Cependant, mon grand-père s’octroyait quelques moments de détente pour aller disputer une partie de Brisca ou de Ronda au « café Contréras‘. En fin d’ après-midi, il se rendait au boulodrome à bord de sa « Onze Légère » qu’ il pilotait à la manière de Fangio. En attendant son retour, ma grand-mère papotait avec ses clientes et amies, dans le magasin. »

Mais, Madame NAVARRO n’était pas la seule à proposer du linge de maison aux Saladéens . Je devrais dire aux Saladéennes. Le linge de maison étant une affaire de femmes, M. BENSOUSSAN, avait tout un choix de lingerie fine et de chaussures? Chez M. HAGGAÏ, vous trouviez de la mercerie, des chaussures, et des vêtements pour enfants. Chez M. ELBAZ , vous aviez le même genre d’ articles, et vous pouviez aussi vous rendre chez Mme Dolly PEREZ où vous aviez, de surcroît, lingerie fine et ravissants chemisiers.

Madame JEAN, l’épouse de notre coiffeur, n’ avait pas de boutique ayant pignon sur rue. Le salon de coiffure de M. JEAN lui suffisait: elle pouvait vous montrer et vous faire avoir, des pulls et des chemisiers de « luxe » venant tout droit de chez « MADAME« , la boutique chic d’ORAN.

Nous avions aussi des représentants qui allaient dans les maisons ayant filles à marier, proposer le linge qui constituerait le trousseau de ces demoiselles. Mères et grands-mères se faisaient une joie de préparer le trousseau des filles.

Luce SEROIN me parlaient de M. NOËL, domicilié à AVIGNON, qui rendait visite aux familles, avec dans sa valise, du linge de maison venant des VOSGES.

Mathilde GRAILHE venait elle aussi du Nord de la France avec un assortiment de draps, oreillers….

Andrée CARDONA m’a raconté que M. GALENDO , laissait parfois, les commandes en dépôt dans la boutique de Mme NAVARRO.

Suzanne et Maryse SALVA, Jeanine et Marie-Thérèse LOPEZ se souviennent de M. THOREZ. Il arrivait avec dans sa valise des trésors…à vendre. Il étalait sur la table de la salle à manger, à la grande joie de ces demoiselles, venues admirer et choisir: services de table, linge de toilette, parures de lit, services à thé, torchons de cuisine . Rien ne manquait dans les valises de M. THOREZ. Il prenait note des désirs de ces dames, promettant de livrer le plus rapidement possible.

Bref! Ce trousseau, toute une institution! En effet, dans les années passées, une jeune fille se devait d’avoir dans sa corbeille de mariage un trousseau de linge complet. Toutes les pièces devaient être brodées soit par une spécialiste, soit par la future épousée. D’où d’interminables séances chez les brodeuses afin de faire de ces nappes, draps ou serviettes de véritables œuvres d’art.

Madeleine MESTRE brodeuse émérite, accueillait des élèves dans sa maison du boulevard national. Des jeunes filles qui, sous le regard vigilant de Madeleine, brodaient leur trousseau. Ainsi, Rosette PLAZA, Arlette et Nicole POVEDA, Maryse SALVA, Cécile BROTONS, Camille CREMADES se retrouvaient chez Madeleine de 14h à 18h pour tirer l’aiguille . De joyeux après-midis, d’après certaines confidences!

Chez Marie COVACHO ARACIL, brodeuse émérite, la mère de Rosemonde et de Régine, même scénario. De plus, Mme ARACIL, comme Madeleine MESTRE ont brodé pas mal de pièces de trousseau pour ceux et celles qui ne pouvaient le faire.

La mercerie de Netty LOPEZ ,rue Pasteur, fournissait aiguilles, coton à broder, fils et boutons… La boutique n’était pas bien grande certes, mais tout ce dont vous aviez besoin se trouvait là.

Tous les représentants qui « tournaient » dans RIO ne présentaient pas, que du linge de maison. Jean-Marie LLORENS me racontait que sa mère Lucie LLORENS, représentait les GALERIES de FRANCE d’ ORAN. Pendant que Jean -Marie, Michelle et Marc étaient à l’ école ou chez leur grand-mère maternelle, Marie GONZALES, sa mère sillonnait la région pilotée par leur père , Joseph LLORENS, ( « pépet » pour les amis) allant à RIO, à Er RAHEL, TURGOT et même jusqu’à LOURMEL . Lucie LLORENS présentait un catalogue, où vous pouviez choisir du linge de maison, des vêtements, mais aussi des articles de cuisine, de l’électroménager et même des meubles. En fait, tout ce qui était exposé dans les galeries de FRANCE. Les articles commandés arrivaient par train dans une grande panière, sorte de malle en osier. M. et Mme LLORENS, parfois accompagnés de Jean-Marie, allaient les réceptionner à la gare de RIO. Et la répartition commençait. Les meubles étaient livrés par un camion des galeries de FRANCE. Mme ALONZO Rosaria, la maman d’Eveline, de Francine et de Marie-Jeanne venait lui donnait un coup de main.

Vous ne trouvez pas que le système de vente des années 50 dans nos villages, ressemblait étrangement à celui d’aujourd’hui? « INTERNET » avait pour noms, LLORENS, JEAN, CRAILHE, ou NOËL, GALENDO, THOREZ, Comme de nos jours , nos mères de famille, sans bouger de leur foyer, faisaient leurs commandes, qu’elles recevaient à la maison, ou qu’elles allaient chercher dans des « points- relais » ! Que faisons nous aujourd’hui? La même chose! Pas vrai?

Je vous donne maintenant , quartier libre, promenez-vous dans le magasin de Mme NAVARRO, peut-être trouverez-vous un souvenir à rapporter? Que dis-je, à raconter… à nous raconter! Je vous laisse, je vous retrouverai plus tard, pour continuer notre promenade Rue Maréchal JOFFRE.

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La radio a 100 ans : Europe 1.

Dans les années 60, pendant les cours au lycée, j’écoutais « Salut les Copains » en douce à l’aide d’un mini-transistor dont le cordon son suivait la manche de ma chemise jusqu’à la paume de ma main contre mon oreille gauche tandis que je prenais des notes incertaines avec un air très concentré… J’me suis jamais fait choper !! On ne plaisante pas avec la Séquence Rock de Daniel Fillipacchi et comme disait Jean Yanne :

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor »

La radio a 100 ans : récepteurs.

Pour le commun des mortels, la radio est une source comme une autre d’information: actualités, musiques, documentaires, reportages, retransmissions sportives… Gallica de la BNF nous rappelle qu’il y avait également des inventeurs de tous ordres capables de fabriquer un récepteur. Le commentaire de René CARDONA nous le dit: à Rio, il y avait des « bidouilleurs« , comme ils étaient signalés à l’époque. Certainement informés des nouvelles techniques de fabrication. Capables de passer de la parole à l’acte en construisant LEUR radio. Poste à galène ou autre.

« Radio AM à diode germanium 530 kHz à 1600 kHz PO petite ondes avec l’écouteur et le fil d’antenne ici de couleur rouge » . Doc. tiré du net.
Fichier poste à galène ou poste cristal ou poste à pyrite. (Doc. tiré du net.

Bien sur, une revue leur était destinée.

Gallica BnF.

En 1921, la radio, jusqu’alors utilisée comme moyen de communication, devient un média grand public. « Radio Tour Eiffel » émet sa première émission. Bientôt de nombreuses publications voient le jour à destination des amateurs qui souhaitent fabriquer leur propre poste de T.S.F. La revue « La Radio » qui paraît entre 1926 et 1928 propose ainsi des articles détaillés sur les composants du poste, une encyclopédie des termes techniques et des éléments de montage.

Souvenirs de radio: la finale

J’ai d’excellents souvenirs radiophoniques des années 50 : Europe 1 avec les émissions de Jazz  de Daniel Filipacchi , le drame du départ de Jacques Soustelle. Mais mon plus mémorable souvenir est le suivant:

Nous étions à la plage, dans le cabanon de Douarou Arnoux et la radio diffusait la finale de la coupe de foot: coupe d’Algérie ou coupe d’AFN. Le match opposait deux équipes ennemies le SCBA ( Bel Abbes ) et le GSA ( Alger) .  Le match était haletant et, bien sûr, nous étions supporters du SCBA . A quelques minutes de la fin, le score était nul : 2 à 2 . A 1 minute de la fin, le SCBA obtint un corner . L’arrière de Bel Abbés, un dénommé Abbes , d’un coup de tête bien ajusté donna la victoire au SCBA. Nous étions soulagés et heureux de cette victoire .

Amitiés saladéennes .

Jean Pierre Seroin

À Alger, le 8 mai 1960, le SC Bel-Abbès reçoit le trophée de la Coupe d’Algérie, compétition qui succède à la Coupe d’Afrique du Nord.

A propos de la radio

Mon grand-père Adolphe Quiles avait un poste de radio comme le premier de la photo postée par Jo.

Quand il allumait le poste, il fallait le temps que la lumière verte s’allume avant de pouvoir écouter.

Il y avait sur ce cadran une infinité de stations.

Et quand il écoutait les match de foot, grâce aux brillants commentateurs, il pouvait suivre les joueurs qui se déplacent sur le cadran.


Quant à ma grand-mère Marie-Louise, elle pouvait écouter Gloria Lasso ou autres … Que sera sera ….. Et après elle chantait dans la cuisine en faisant des meringues et des Mantecados🙂

Merci pour avoir ouvert cette boîte à souvenirs. 

Jean Paul

Souvenirs de radio.

-Rituel: sur le petit meuble marocain est posé le poste de radio et chaque dimanche soir nous sommes assis tout près pour pouvoir écouter ces séries radiophoniques qui nous donnent la chair de poule :”les maitres du mystère” ou “les dents du tigre” .

-21 avril 1962: Non , je ne me souviens pas de cette date, , je me souviens juste que c’était au moment où en faisant du  ménage dans la salle à manger après avoir allumé le poste de radio , et avoir entendu qu’on venait d’arrêter le général Salan , que j’ai eu cette crise douloureuse dans le ventre. Le médecin a conclu à une poussée de croissance !!

1er juin 2021: La radio a 100 ans!

image tiré du net.

Il est vrai: personne ne peut ignorer ce média. Il fait partie intégrante de notre vie. Hormis les progrès techniques (voir dans le lien ci-dessous une ligne chronologique très intéressante), il semble qu’il est difficile d’ignorer combien cet « engin » a accompagné et continue d’accompagner notre quotidien. Tout à coup, nous essayons de remonter le temps pour pointer les moments importants gravés dans nos esprits par le « poste ». Peut-être pourrions-nous évoquer ces souvenirs dans des articles qui se répondraient les uns aux autres? L’ouedmaster se charge de les mettre, non pas en onde, mais en ligne à votre nom. Il suffit d’envoyer votre souvenir par mail à l’adresse suivante : jorio34@gmail. Évoquez donc votre « trait de mémoire » .

Pour ma part (on n’est jamais mieux servi que par soi-même, dit-on) voici un de mes tout premiers souvenirs liés à la radio:

« Tout petit, j’étais émerveillé par cet engin muni en son centre d’ un mystérieux œil rouge qui passait au bleu au moment où le son se faisait entendre. Grésillant, à peine audible, sortant d’un rectangle de tissu grossier. Je ne peux pas oublier son nom: BLAUPUNKT » .

Vous aussi, racontez un « souvenir de radio » .

https://graphics.rfi.fr/chronologie-un-siecle-de-radio/

RIO SALADO: PORTES OUVERTES: Balade 9.

La rue Maréchal Joffre.

Bonjour Vous Tous! Vous m’attendiez depuis longtemps? L’agua-limon de Mme BERNABEU était-elle bonne? Comme d’ habitude, bien sûr! Désolée pour mon retard : je me suis arrêtée au coin de la rue, à la boulangerie de Maurice EMBERNON, qui, pour je ne sais quelle raison, était Jerry Lewis pour ses clients. Savez- vous que cette Boulangerie a connu pas mal de boulangers ? M. RUIZ et, avant lui, M. DEMAYA. Dans les années 20, c’était le grand-père de Jacques, Jaïme SALVA, qui était le boulanger du quartier. En continuant mon chemin, j’ai fait une halte dans le couloir à côté qui donne accès à l’appartement de Pépico et Purica POVEDA. En avançant quelques pas de plus, je suis arrivée , dans le magasin suivant. Vous montiez trois marches, plutôt hautes, et vous étiez dans le paradis des bonbons où vous attendaient des rouleaux de réglisse noire avec une bille chocolatée au centre et des petites boites de cachous. Le pire, mes amis! C’est que, cette épicerie se trouvait sur le chemin de l’école!!!! Que de tentations!!!! Bon, soyons sérieux! Saviez-vous, qu’autrefois, dans les années 40, ce magasin était un studio-photos? Il appartenait à M RAUTURIER. Cet homme si aimable qui nous accueillait à la pharmacie ! Dans ces années-là, Mme RAUTURIER terminait ses études de pharmacie pendant que M. RAUTURIER développait des photos. Je tiens cette information de Marcel, leur fils. Quand sa mère a été reçue aux examens, ils se sont installés et ont ouvert la pharmacie, boulevard national. M. RAUTURIER a abandonné son métier pour lui donner un coup de main. Cela se passait dans les années 45. Les enfants de NANTES, repliés à l’abri de la guerre à RIO, sous la houlette de M et Mme DUCHEMIN sont retournés dans leurs familles. Vous les avez rencontrés lors de la 7e balade. M. et Mme DUCHEMIN, leur travail accompli, auraient dû repartir, eux aussi. Mais voilà, M. DUCHEMIN, violoniste sur un bateau de croisière, a préféré s’établir dans notre village. M. RAUTURIER, avec lequel il s’était lié d’amitié, lui a dévoilé les ficelles du métier. Il est alors devenu le photographe attitré des Saladéens. Qui n’ a pas son portrait en communion pris par:

«Jean DUCHEMIN le studio POLYPHOTO

Tous travaux, Portraits, identités, livraison rapide»

Ce retour-arrière, a été bien long, c’est vrai! mais me voilà arrivée parmi vous. Avez-vous remarqué la maison à votre gauche? Celle de Mme. et M, KRAUS , belle maison! N’est-ce pas? J’ai appris par Tétou KRAUS que l’ architecte s’appelait Georges BLANCARD de LERY, architecte du collège de jeunes filles d’Oran que nous connaissons bien pour y avoir passé quelques années. J’aurai voulu vous parler de son style architectural, peu commun dans notre village. Hélas! je ne suis pas calée en histoire de l’Art mais plus à l’aise dans « l’histoire des Trois Ours ». Désolée! je peux vous dire cependant, que durant toute une année, Renée KRAUS, leur fille aînée et moi-même , avons partagé la même table, dans la classe de Mme BERTHALON. Nous nous entendions bien, même très bien. Ce qui n’était pas du goût de notre institutrice. Aussi avait-elle une façon bien à elle de mettre fin à nos conciliabules. D’un geste précis, elle envoyait sur nos crânes la grosse gomme qui trônait en permanence sur son bureau. Elle faisait mouche chaque fois, mettant fin à nos bavardages. Je n’ irai pas jusqu’ à dire « heureux temps». Non, loin de là! Quand à son jeune frère, Tétou KRAUS, vous le trouverez chez Jean-Claude CARREGA, où toute une bande de copains caracolent à bride abattue, dans le jardin de la maison, à la poursuite d’un éventuel hors la loi.(3ème balade).

Boulangerie SALVA : le jeune garçon est Jaïme SALVA le père de Jayme.
(archive de l’amicale du Riosalado)
Alfred POVEDA et Pépico TORRES (archive de l’amicale du Rio Salado)
La pharmacie RAUTURIER (archive de l’amicale du RioSalado)
Mme et M. RAUTURIER (archive de l’amicale du Riosalado).
Publicité du magasin de M. DUCHEMIN (archive de l’amicale du Riosalado)
Maison René KRAUS (archive de l’amicale du Riosalado).

Puisque nous sommes bien installés sur la terrasse de ce sympathique bar. Qu’ il fait beau. Que l’heure de l’apéro approche. Je vous suggère, en attendant que l’on vienne nous servir, de porter votre regard de l’autre côté de la place. Votre imagination et vos souvenirs feront fi des palmiers qui ont un peu grandi. Vous le voyez ce trottoir? Allez jusqu’au bout. Ne traversez pas la rue. Arrêtez-vous au coin de la ruelle. Là se trouve la boutique de M. TOUATI. Un peu sombre cette boutique! L’éclairage se fait comme beaucoup de magasin à RIO, par la porte d’entrée. Il y a bien les deux vitrines de chaque côté de la porte. Mais elles sont voilées par le nombre incalculable d’articles que M. TOUATI vous propose. Entre autres choses, des pierres qui font le bonheur des garçons, et qui éclatent quand vous les jetez par terre, c’est vrai! C’est Jean-Claude CARREGA qui me l’a dit! Un autre trésor que l’on trouve chez M TOUATI: du «SENT-BON». En fin d’année scolaire à RIO, une de mes élèves m’a offert avec beaucoup de gentillesse, ce «parfum». «Du SENT-BON, maîtresse, c’est du PLOUM-PLOUM, il vient de chez M TOUATI» me dit-elle fièrement. Vous vous souvenez du Sent-bon? L’eau de Cologne de chez nous? Quand je vous dis qu’on trouve des merveilles dans la boutique de M. TOUATI! A côté de ce magasin parfumerie-droguerie–épicerie, vous entrez dans le bar de Mme MICO. Je rappelle à notre Ami René que nous sommes là dans le 9ème bar de notre village. Marie Jeanne, Vincent et Joseph ne sont pas dans les environs. Je ne les ai pas aperçus ce matin. Ce bar appartenait autrefois à M. NIETO. Comme l’apéro tarde à venir, continuons allègrement notre visite sur le même trottoir. Nous voici à l’entrée du garage CERNA. Ce même Gaston CERNA qui fit tant pour la jeunesse saladéenne. Nous en reparlerons quand nous accompagnerons la JSS aux nombreuses compétitions. En attendant, essayons de savoir où se cachent Jean-Pierre et Nadia CERNA. Jean-Pierre, je ne sais pas. Quand à Nadia, sa sœur, elle est sûrement au stade avec toute l’équipe s’entraînant pour le spectacle de Relizane.

(archive de l’amicale du RioSalado)
Monsieur Gaston CERNA (archive de l’amicale du RioSalado)

1958- Tlemcen (archive de l’amicale du RioSalado)
(archive de l’amicale du RioSalado)
(archive de l’amicale du RioSalado)

Ne nous égarons pas. Revenons à notre garage. Son précédent propriétaire était Albert CLAVERIE. Mais en remontant plus loin, vous apprenez qu’il y avait là le premier cinéma de RIO, cinéma muet, cela s’ entend. Des bancs en bois, alignés devant un écran rudimentaire, un piano sur le côté tourné vers l’ écran et vous avez là, le décor de la salle du cinéma dans les années 20. Ma mère m’a raconté qu’un dimanche après-midi, elle était allée, avec sa petite sœur, Lily, à la séance de 15h. Isabellica qui, devait être la préposée à l’harmonium pendant la messe, était au piano, jouant inlassablement le même air, changeant de rythme suivant l’intensité de l’action. Ma mère, n’avait jamais pu voir la fin du film: Lily participait si intensément au déroulement de l’histoire qu’elle intervenait bruyamment au secours des acteurs, donnant de la voix devant leur indifférence à tenir compte de son aide. Tant et si bien que le propriétaire du lieu fut obligé de les mettre à la porte manu-militari au grand désespoir de ma mère, qui n’était pas arrivée à calmer son impétueuse petite sœur…ni à voir la fin du film!!
N’allons pas plus loin. Revenons à notre apéro. Abdellah GOURINET, le papa de ma gentille petite élève Setty, vient nous servir. Régalez-vous! Vous avez devant vous: des fèves au cumin, des anchois à l’huile, et même du poulpe en salade! Appréciez! c’est Mme BERNABEU qui a tout préparé. M. BERNABEU, Simone et Lydie sont au comptoir. Paul, le plus jeune est quelque part dans la maison. Quant à cet espiègle de Serge, on ne sait jamais d’où il va surgir.

Monsieur Manuelico BERNABEU (archive de l’amicale du Riosalado)
(archive de l’amicale du Riosalado)
(archive de l’amicale du Riosalado)
Monsieur Abdellah GOURINET et Silly, sa fille.
(archive de l’amicale du Riosalado)

A la terrasse du Penalti Bar (archive de l’amicale du Riosalado)
En bas à gauche, la terrasse du Pénalti Bar (archive de l’amicale du Riosalado)

L’heure avance. Ne nous attardons pas. Allez en route! Nous voici devant le portail de la cour qui donne, à droite, au Penalti Bar, et à gauche chez Pépé: Filipé CONTRERAS, le légumier. Bon! Le marchand de primeurs, si vous préférez! Je n’ai pas trouvé son fils Lucien. Fifine, Joséphine, sa fille, comme je vous l’avais écrit, est employée à la poste. Au fond de la cour, se trouve la forge du maréchal ferrant: Emilio ESCUDERO, Patricio pour nous tous. Voyez, le foyer là-bas, il ronfle de plus belle. Marie-Claire, sa fille, m’a dit que son père ne l’éteignait jamais, et que la chaleur était parfois insoutenable. Vous entendez le bruit du marteau retombant sur l’enclume? Justement, Patricio finit de forger des fers-à-cheval. Il doit aller dans une ferme pour s’occuper des mules. Son fils, Claude, l’accompagne. Annie, l’aînée, est à l’épicerie avec leur mère. Marie-Claire m’a raconté que son père s’occupait aussi des chevaux de course de M. TORRES. Yvon LOZANO, dans la 4ème balade, nous apprenait que les deux Frères TORRES, amateurs de voitures de courses, étaient aussi des aficionados de courses de chevaux. M. ESCUDERO se fait une joie de vérifier l’état de leurs sabots, en vue de la prochaine course à l’hippodrome du FIGUIER à LA SENIA, pas très loin d’ ORAN. Approchez-vous de l’écurie! Venez voir cette jument qui a mit bât hier dans l’après- midi. La mère et son poulain vont rester quelques jours ici. A la grande joie de Marie-Claire. M. GILOT, le vétérinaire d’ Aïn Témouchent, passera les voir avant de les rendre à leur propriétaire. Mais le temps passe! Laissons le poulain se reposer et sortant sur le trottoir. Je vous conseille de passer rapidement devant la petite boutique suivante: celle de la bijouterie CASCALES. Nous ne pouvons pas nous attarder. Si vous êtes intéressé par un bijou, M. CASCALES viendra vous voir chez vous, avec sa mallette à plusieurs tiroirs qui lui sert d’écrins. Tiens! BOUDISSA, de son prénom Abdelkader, est dans son atelier. Il est encore aux prises avec le vélo d’un de nos copains. BOUDISSA a laissé son atelier de réparation près de l’école maternelle, pour prendre la succession de M CLERC.
Mais savez-vous que dans les années 40, c’était Tibi CARBONEL, amateur de course cyclistes qui occupait les lieux? Tibi a fréquenté les classes primaires avec Louis DETORRES, Henri LAMBERT, Paul QUILES, Robert CONTRERAS Robert SEROIN…..Je vous raconterai son périple un de ces jours. Il nous faut continuer notre balade. Attention! Éloignez-vous du trottoir, une voiture arrive. Elle va prendre de l’essence au «lampo» de M. SANCHEZ, de Manolico «GUAPO». Vous n’avez jamais entendu parler du « lampo » d’essence? Encore une expression de chez nous que l’ on se transmet de pères en fils ! LAMPO est tout simplement la marque de l’essence distribuée. Et nous voilà arrivés à l’angle du bar de M. PARRES. Sentez la bonne odeur de viande grillée, la bonne odeur de brochettes! c’ est KADDA qui a installé son étal et son kanoun à l’angle du café PARRES. Si vous êtes d’accord, nous allons déguster une ou deux brochettes. Il y a justement un banc en face, sur la place. Installons-nous un instant. Vous pourrez vous abreuver au bar de M. PARRES. Et ainsi, je pourrai vous faire découvrir une autre partie du village, avant de continuer la balade, rue Maréchal JOFFRE.

(archive de l’amicale du Riosalado)
Monsieur Emilio ESCUDERO dit Patricio (archive de l’amicale du Riosalado)
(archive de l’amicale du Riosalado)
(archive de l’amicale du Riosalado)
(archive de l’amicale du Riosalado)
Monsieur Abdelkader BOUDISSA
(archive de l’amicale du Riosalado)
(archive de l’amicale du Riosalado)

D’un boulevard à l’autre

D’un boulevard à l’autre les souvenirs n’ont pas le même âge,
Mais d’un boulevard à l’autre les balades sont en partage.
De Rio à Er-Rahel des noms sont dans les bagages
Et les lieux décrits comme des images
Facilitent les passages.
Les mots sont des ancrages.
Sur le boulevard à Er-Rahel les repérages sont en mémoire d’enfant faits des mêmes boutiques et du sud vers le nord, sur le trottoir de droite on passe devant l’ épicerie de l’aveugle ( Abdelkader Bellouati ?), puis devant celle de Jorro. Plus loin juste avant la mairie dans la rue transversale la charcuterie de chez Rodriguez.
Le cinéma /salle des fêtes, le bar de chez Cervantes, …le café boulangerie de chez Gauvin , la confiserie de chez Froment et plus haut le cabinet du docteur Grillot.
Et sur le trottoir d’en face en redescendant vers Rio, il y a la quincaillerie station d’essence de mon grand père Thomas Alcaraz , puis « le Cercle » où seuls les hommes peuvent entrer…la cordonnerie de chez Bénichou , la poste , le marché, le marchand de zlabias à la sortie de l’ école des filles et au coin de la rue de chez B.R. la pancarte Sassel.
( En 60/62 la station Shell à la sortie du village vers Lourmel est tenue par mon oncle Eugène Savall).
J’ai observé les lieux, gravé des itinéraires, mais pour conter des anecdotes il faudrait interroger des aînés-juste ceux qui ont de 6 à 10 ans de plus que moi- et les morts aussi!
Ils en ont tellement raconté dans nos repas de famille, à parler en français, en espagnol, et même en arabe pour que nous , enfants, ne puissions comprendre! Et ils ont beaucoup ri aussi !


Au cinéma à Sassel et à Er-Rahel.

C’est très agréable le dimanche soir de voir les images sur l’ écran en entendant le bruit des vagues dans le dos. Le cinéma en plein air à la plage de Sassel se trouve là-bas au fond, de l’autre côté de la plage, à côté des viviers, ces grands trous maçonnés sur le quai au bord de l’eau et remplis par la mer. Et ça sent l’iode en regardant le film.

A Er-Rahel c’est plutôt le dimanche après-midi que je vais au cinéma. En première partie il y a « les actualités » puis des dessins animés « Tom et Jerry » ou un « Charlot ». A l’entracte, l’ ouvreuse propose un esquimau.
Je me souviens des films « péplums »: « La vallée des rois », « Romulus et Rémus »,ils sont si beaux ces romains, la peau bronzée et luisante, et les femmes aux longs cheveux blonds, la poitrine qu’on devine ferme sous les voiles colorés…
Et ce film d’horreur qui m’a bien marquée: « Les yeux sans visage ». J’ai revu ce film à la télévision dans les années 90. Ainsi j’ai su que l’acteur était Pierre Brasseur et l’auteur Georges Franju. Un film de 1960.
C’est dire si l' »on était à la page » à Er-Rahel dans les programmations!
Mais je n’ai pas pu voir « Carthage en flammes », affiche bien alléchante sur le trottoir devant le cinéma .
« Tu auras l’occasion de le voir plus tard » me dit maman.
Et non !…

Photo archive Colette INFANTES.