2024 : nouvelles de notre village.

L’Oued Malah-le Rio Salado.

J’ai reçu des nouvelles de notre village, et, entre autres choses, j’ai appris que notre oued salé, le FLUMEN SALSUM, le RIO SALADO, L’OUED MALAH, était au plus bas, presque inexistant, disparu même par endroit.

Jusqu’ici, je m’étais contentée de vous faire part des écrits trouvés dans les cahiers scolaires de notre chère Mathilde DAVOS, qui avait eu la bonne idée de les conserver et de les confier aux Archives de l’ AMICALE.

Allez consulter ces données sur notre , dans « CATÉGORIES: l’Eau de chez nous«  » du 25 janvier 2018: titre:« Mais quel est donc cet oued si dévastateur?

Laissez-moi vous raconter un épisode de cet oued, au temps où nous fréquentions l’école primaire du village. Un épisode de « cet oued séco » comme on le nommait avec ironie à RIO SALADO.

Je me souviens d’être allée à la MITIDJA, avec mon père, admirer une crue de notre petit oued. Un vrai spectacle qui attirait pas mal de monde. Tout le village.était en émoi et se posait la question: est ce que l’ oued allait emporter ce pont de pierre qui nous permettait d’aller à ORAN ? En arrivant sur place, une chose était certaine, il n’avait plus rien de sec, notre oued ! On l’ entendait; On le voyait arriver, fou de rage, roulant des vagues de colère, emportant tout sur son passage. Dans un fatras épouvantable, il charriait détritus, branchages et troncs, se ruant avec de forts coups de boutoir contre les piliers du pont, le faisant trembler jusque dans ses fondations. Les curieux venus l’inspecter de plus près, affolés, l’abandonnaient en courant. Ce forcené continuait sa route, roulant sa hargne et sa colère vers son embouchure, à la plage de Turgot. Le lendemain, l’oued s’ était calmé, le pont de la Mitidja était toujours là, mais le vieux pont en fer qui reliait les deux plages gisait tel un amas de ferraille dans le lit de la rivière. L’ oued avait déversé son eau boueuse dans la baie , et l’ on pouvait voir des troncs de tamaris déracinés rejetés par les vagues, gisant sur la plage, au milieu d’un fatras de feuilles et de branchages entremêlés, où pourrissaient quelques muges étouffés par la boue. Désolant spectacle ! Ce n’était pas la première fois que l’ oued faisait des siennes ! Ni la dernière ! Je dois vous dire que nous n’ avions jamais pu sonder sa profondeur. Le fond, extrêmement vaseux, empêchait tout passage dans la partie précédant l’embouchure de l’oued, juste en face des deux établissements de la plage. Et, interdiction de se baigner dans ce bourbier ! La mer était tout près et si belle !

Archives de l’amicale du Rio Saaldo.

Les nouvelles reçues récemment concernant le débit de notre oued étant peu rassurantes, j’ai voulu approfondir mes connaissances, voir de plus près son réseau hydrographique, essayer de connaître, par curiosité, le parcours de cet oued si dévastateur lors des pluies d’automne, et presque à sec le reste de l’année.

Oui ! Je vous entends murmurer ironiquement: « Hé, Bien! c’est un peu tard, pour t’ intéresser à cet oued ! » C’est vrai, vous avez raison, mais, mieux vaut tard que jamais! N’est ce pas?

Je ne connaissais rien du cours d’eau qui se jetait à la plage de Turgot, mais j’avais étudié pendant mes « années collège » tous les fleuves de France et de Navarre et des grands pays de ce monde. J ‘ai revu la « cartographie d’ Afrique du Nord  » édité par P. DANVILLE, de Mathilde DAVOS, lorsqu’elle était en classe de Certificat d ‘Étude( en 1936). Cartographie trop « primaire » à mon goût. Alors, j’ai fouillé, cherché, consulté Internet. Finalement, en questionnant des amis, des amis de longues dates, j’ai appris avec stupeur que notre petit oued était une grande rivière. Hé ! Oui ! Vous avez bien lu : notre petite rivière salée est en fait une grande rivière! Si cela vous intéresse, suivez moi, je vais justement aller à sa rencontre.

Le RIO SALADO , la rivière salée, l’ OUED MALAH , ce petit cours d’eau qui nous jouait de si mauvais tours à TURGOT PLAGE a – écoutez bien- 85kmde long ! Oui, vous avez bien lu : 85 km de long, et traverse un bassin d’une superficie de 872km².

Archives de l’amicale du Rio Salado.

Et ce n’est pas tout. Savez-vous qu’ il prend sa source au DJEBEL ARBAL près d’ OUEBELLIL, puis traverse le KEROULIS CHENTOUF, les BERKÈCHE HASSANA, les Aures EL MEÏDA, arrive dans les parages d’ AÏN TEMOUCHENT, de LAFERRIÈRE ( CHABAT LEHAM), contourne RIO SALADO ( EL MALAH) en passant par la MITIDJA, fait un virée dans la commune d’ ER RAHEL ( HASSI EL GHALLA) et continue sa course dans la commune de TURGOT ( TERGA) pour aller se jeter dans la mer MEDITERRANÉE , à la plage de TURGOT ( TERGA-PLAGE). Un beau parcours!

Archives de l’amicale du Rio et photos du net.

Ouf ! Ça vous épate ! À moi aussi ! Notre rivière salée est vraiment une Grande Rivière. Je devrais dire, c’était une Grande Rivière, vues les nouvelles alarmantes que l’on m’a données. N’en tenons pas compte ! Il suffit d ‘une bonne pluie pour que notre oued se réveille. Alors, poursuivons notre promenade fluviale.

Sachez que l’ OUED MALAH a 4 affluents principaux qui sillonnent le bassin TEMOUCHENTOIS :

Le premier : l’OUED SENANE traverse la commune d’ AÏN TEMOUCHENT , passe près de TROIS MARABOUTS (SIDI BEN ADA), et prend alors le nom de OUED TAIËB quand il coule dans la région de TURGOT (TERGA) où il se jette dans l’ OUED MALAH.

Le second : l’OUED CHAÂBET el LEHAM descend lui aussi des collines des BERKÈCHES, traverse le village de LAFERRIÈRE ( CHABAT LEHAM) et va se jeter dans l’ OUED MALAH pas loin du village de RIO SALADO ( EL MALEH).

Le troisime : OUED BERKACHE, prend sa source dans les BERKÈCHES HASSASNA, devient l’ OUED METEGUER qui coule pas loin d’ HAMMAM BOU HADJAR, et vient se jeter dans l’ OUED MALAH pas loin de RIO SALADO ( EL MALAH).

Le dernier : L’ OUED OUIZERT traverse la commune d’ER RAHEL ( HASSI EL GELLA) aux environs du douar TAOUI et se jette dans l’ OUED MALAH près de TURGOT PLAGE ( TERGA PLAGE).

Et voilà pourquoi notre petite rivière avait parfois des crues qui emportaient tout sur son passage, inondant champs et routes, mettant à sac le pont de la plage, le kiosque de La Joyeuse Escale, le Casino-restaurant de mon père, et les innombrables passerelles qu’inlassablement nous remontions.

Archives de l’amicale du Rio Salado.

Cette balade fluviale m’a permis de me plonger dans mes souvenirs, revoir ces promenades en bateau que nous faisions sur la rivière, les derniers jours de vacances avant la rentrée des classes. En arrivant près du pont de fer,on naviguait le plus près possible de la berge, dérangeant des chapelets de tortues d’ eau. Elles dormaient au soleil et se laissaient tomber lourdement dans la rivière, au plus petit clapotis de nos rames. La balade se prolongeait jusqu’ à l' »île du CHAT« , un îlot de tamaris et de menthe sauvage, à hauteur de l’ allée d’eucalyptus qui annonçait l’entrée de la plage. Que tout cela est loin!!

Archives de l’amicale du Rio Salado.
Archives de l’amicale du RioSalado.
Archives de l’amicale du Rio salado.

Si vous passez par là…

Les descendants de « l’Incroyable Odette », comme la présente Marie-Paule BOUR, sa fille aînée,ont su continuer avec brio l’ œuvre de leurs parents et grands-parents : Henri et Odette BOUR.

Je vous transmets le message: « Vignoble et découverte,en trois ateliers, » que j’ai reçu, pour un « fascinant wee kend dans le domaine de GRANGENEUVE » de la famille BOUR.

https://domainesbour.com/actualites_detail.php?id=126

La saga de la famille SEROIN.

par François CARREGA.

« Au début de cette saga, voici le grand-père Anthelme SEROIN (1871-1942) qui fait son service militaire en ALGERIE. A la fin de son incorporation, Anthelme décide de s’installer auprès de sa tante Lucie GARNIER (veuve) qui a créé, avec son compagnon, Jean COMBES, un domaine agricole aux environs d’ ORAN à RIO SALADO..

En 1900, Anthelme épouse Lucie la nièce de Jean. 

A leur mort, les époux COMBES laisseront à Anthelme et Lucie 50 bons hectares mis en culture qu’Anthelme continuera à faire fructifier. Lucie et Anthelme auront 4 enfants : Marguerite, Jean, Lucien et Pierre, tous viticulteurs bien connus des Saladéens.

Villa Seroin à Rio SaladO – – Anthelme et Lucie SEROIN

C’est la famille de Lucien qui nous intéresse aujourd’hui. Lucien SEROIN, marié à Gilberte ARNOUX, ont eu trois enfants : Yves, Paul et Luce. Lucien et Gilberte habitaient RIO, place Jules FERRY, où était situé le cinéma VOX (10éme balade dans RIO., place Jules Ferry).

Lucien (1910-1967), Paul et Gilles SEROIN (archive amicale du Rio Salado).

Je vous propose de mettre le cap sur la CORSE . Plus exactement près de SARTÈNE à SANT ARMETTU chez Paul et Gilles SEROIN. En 1964, après la fin de notre ALGÉRIE, Lucien et Paul, s’y sont installés, ont crée et développé ce qui est devenu un magnifique domaine viticole actuellement exploité par le petit -fils et fils, Gilles, en attendant la relève de la prochaine génération qui se prépare déjà.

Je vous invite à découvrir les produits hauts de gamme, et le vignoble

de la famille Lucien SEROIN

Bonne visite à Sant ARMETTU.

François CARREGA.

https://www.santarmettu.com/

et également …

https://www.vinatis.com/maisons/domaine-sant-armettu?r=googlemerchant&ids=perfmax-highmarge

10ème BALADE –Le CINÉMA « Le VOX » . (3ème partie)

Hello! « Salut Nostalgie »! Nous venons te rendre visite, avant que nos souvenirs ne se perdent dans les méandres de notre mémoire. Il est temps de reprendre nos balades. L’été va arriver et, avec lui, la chaleur qui anéantira notre énergie.

Alors, Bonjour les Amis, vous qui nous suivez depuis mal de temps dans nos promenades à travers RIO SALADO.

Je vous avais promis une séance -cinéma, au VOX. Alors, allons-y!

Archive Marie-Thé RICO POMARES

Après Le « CASINO« , 1er cinéma du village depuis 1939, voici « Le VOX » installé place Jules FERRY. Place du VOX si vous préférez. Je vous rappelle que le troisième était « le TRIUMPH » (1960-61) qui appartenait à Alfred SALA et Aimé VIRUEGA. D’ailleurs, si le cœur vous en dit, allez vous prélasser dans ses fauteuils en velours rouge, dans « Boulevard National : 2ème BALADE ».

Plan du village : la place Jules FERRY (Archive de l’amicale du Rio Salado).

En attendant, jetez un œil sur cette place Jules FERRY délivrée de son marché. Après la route d ‘HAMMAM BOU ADJAR que nous avons traversée, vous pouvez admirer les deux jolies villas jumelles de Pierre et Lucien SEROIN. Elles ont été bâties en 1954-56, et sont l’ œuvre des architectes Lucien et André BOHÉ. Ceux là-même qui ont construit le stade FOUQUE Du PARC d’ ORAN. Les enfants SEROIN sont dans le jardin. Marie-Pierre, dans le premier, Paul et Luce dans le second. Yves, l’aîné, « est parti « il y a longtemps, maintenant.

Villa SEROIN (archive de l’amicale du Rio Salado)
Paul et Yves SEROIN (archive de l’amiclae du rio salado)
Archive de l’amicale du Rio Salado.

Traversons la route qui mène à la gare, où nous irons nous promener la prochaine fois. Nous voilà à la boulangerie de M. RIPOLL. José et Francine, leurs enfants, vous y attendent. Continuons notre balade.

Non! Non! Michelle! on ne s’engage pas encore dans la rue maréchal FOCH. Ce sera pour une autre visite. Pour l’instant, nous nous contenterons de la traverser. Nous aurons ainsi fait le tour de la place Jules FERRY. Nous voici au cinéma VOX. Il appartient à Lucien et Raymond FUENTES. La famille FUENTES habitait dans la cour mitoyenne du cinéma. Madame Antoinette FUENTES, leur mère, était marié en première noce à M. Jean PEREZ, mort au champs d’honneur durant la guerre 14-18, la laissant veuve à 23 ans avec deux enfants Marie-Jeanne PEREZ, mariée à Aimé RICO, et Jean PEREZ ( Janou), époux de Dolly MARTINEZ, parents de Richard et Pierre. Après ce « retour-arrière », revenons à notre cinéma VOX. Il était, sans conteste, plus moderne que le CASINO, mais plus petit. Ce cinéma était sur deux plans : un rez de chaussée, « le parterre » et une galerie, « le balcon« . Tous deux pourvus de rangées de fauteuils confortables. ».

Archive de l’amicale du Rio salado.

Comme le CASINO, le VOX n’a pas servi uniquement à la projection de films.

Jean Claude CARREGA m’a raconté que, le lundi de Pâques 1961, pour motiver la jeunesse, des parents attentionnés, donnèrent un bal, un peu spécial , précédé d’une chasse aux trésors. J’ai, dans les archives de l’ AMICALE, de petites coupelles peintes dans l’atelier de céramique du village qui étaient distribuées aux participants de cette course. Celle que nous possédons, c’est Monette ROSELLO qui nous l’avait offerte.

Coupelle offert par Monette ROSELLO (archive de l’amicale du Rio Salado)

La journée se terminait, me disait Jean-Claude, par un bal donné au VOX. Je ne vous donne que l’essentiel de ce fameux bal. L’animateur, sollicité pour cette « sauterie », imprégné par la célébrité débutante d’ Yves SAINT LAURENT, avait disposé des coupons de tissus et des épingles à différents endroits de la salle. Les cavaliers, le temps d’une danse, devaient habiller leurs partenaires le plus artistiquement possible. « Une bonne tranche de rigolade » m’ a rapporté Jean-Claude. Je ne peux vous en dire plus, hélas! le temps écoulé a effacé inexorablement d’autres témoignages!

Je vous rappelle cependant, que la mère de notre célèbre couturier « venait à RIO rendre visite à des dames saladéennes, qu’elle rencontrait chez « MADAME » la boutique « chic » d’ ORAN.» ( Y. Saint LAURENT). D’où cette journée centrée sur notre illustre couturier . J’ajouterai pour être plus crédible, l’avoir vu, jeune garçon, au CASINO de TURGOT PLAGE, chez mes parents, en compagnie des demoiselles NAVE d’ Oran. Ceci étant dit, nous continuons notre visite .

Les Galeries de France. Vue des deux trottoirs.

Le cinéma VOX servit aussi à réunir des Saladéens sous la houlette d’un conteur volontaire ou d’un critique-amateur qui développait le thème d’un film ou racontait un voyage , genre ciné-club. Mes parents y allaient quelques fois en compagnie de M. et Mme DUCHEMIN, le photographe du village.

Revenons à notre cinéma et à sa troisième fonction qui était, avant tout bien sûr, de projeter des films plus ou moins récents. Nous attendions notre dimanche après-midi avec impatience.

En sortant de la messe, le dimanche matin, nous prenions la direction du cinéma VOX pour retenir nos places pour la séance de l’après-midi. Les sièges, dernières rangées du balcon, étaient très prisées par tous les jeunes. D’où notre empressement à aller faire nos réservations.

Allez, suivez moi! Je vous emmène au cinéma. Je vous ai réservé les premières places au balcon juste devant la balustrade . En vous penchant un peu, vous pourrez voir arriver les familles. Vous ferez ainsi la connaissance des villageois. Je vous les présenterai.

Vous remarquerez les deux premiers rangs devant l’écran, occupés par la jeunesse saladéenne, qui, par mesure d’économie, ou parce que arrivée trop tard, devait se contenter de ces places, restées libres. Bien entendu, fin de séance, le torticolis était assuré!

Que voulez-vous, les distractions dans ces années-là étaient limitées .Le cinéma était notre seul plaisir … en attendant l’été !

Allez! Entrez!Présentez votre ticket à l’ouvreuse, Hélène POMARES, ouvreuse de service, vous la connaissez ? Madame POMARES,Hélène pour nous tous, était l’assistante maternelle à l’école. Marie Thé , sa fille, est là pour lui donner un coup de main.

Archive Marie-Thé RICO POMARES

Bon ! Assez papoté ! Dépêchez-vous ! La séance va commencer ! Ne soyez pas en retard. Vous nous obligerez à nous lever pour vous permettre de regagner votre places. Voyez ! Les lumières s’éteignent. Bien sûr, quelques retardataires s’avancent, accueillis par un tollé de protestations qui fusent à droite et à gauche. Normale ! Vous nous privez du générique de ce documentaire qui, histoire de nous épater, nous fait découvrir une île paradisiaque!…

Mais, avant toutes choses, laissez-moi vous conter comment se déroulait une séance de cinéma, dans ces années-là. Après le court métrage, arrivaient les actualités en noir et blanc,

Vidéo tirée de GooGle

qui nous connectaient avec le monde extérieur. Là aussi quelques sifflements traduisaient le mécontentements de certains spectateurs. Puis les lampes s’ allumaient, et sur l’écran apparaissait le petit bonhomme de Jean Mineur suivi de : » BALZAC 0001 » annonçant les « réclames ». Pardon les publicités.

Tiré de Youtube (GooGle )

« Bonbons, caramels, esquimaux,… » Si à l’entracte, prise d’une envie soudaine de croquer des berlingots ou manger un ruban de réglisse nous venait, nous descendions dans le hall du cinéma. À côté du bar, se tenait MINGO, M. ESTEVE, avec sa charrette proposant tout un étalage de friandises. Lorsqu’un film d’action réunissait dans la salle toute une bande de jeunes, les cornets de cacahouètes étaient les plus demandés. Le cauchemar de Marie Thérèse qui, pour aider sa mère, balayait la salle ! Imaginez son angoisse ! Toutes ces coques vides jonchant le sol, sous les sièges !

Puis les lumières diminuaient. La salle s’assombrissait. Il fallait regagner nos places. Le film commençait… Et la magie faisait son effet. Pas un bruit, les yeux fixés sur l’écran, nous étions tous « accrochés » à l’action qui s’y déroulait . Si le film était une comédie sentimentale, on pouvait entendre, les réflexions des plus âgés, gênés, par les « débordements » d’ un baiser trop passionné: « Y dallé! otra ves ! Tché! Qué lata! ( Encore! Quelle plaie!)». Si l’acteur par sa drôlerie, son espièglerie, nous faisait rire, alors aux rires des spectateurs, se mêlaient les éclats hilarants et bruyants de notre sympathique M. PARRES, père de Gislène et de Paul, patron du café boulevard national. Un rire que l’on pouvait cataloguer « d’homérique » tant il était sonore et communicatif. Pas la peine de demander qui s’extériorisait ainsi. Nous savions tous que M PARRES « vivait » la scène intensément.

Le bar Parres (archive de l’amicale du Rio salado).
(archive de l’amicale du Rio salado)

Que de souvenirs ! Quel heureux temps ! C’était pour nous, les 15, 17, 20 ans, notre seule source d’évasion dans ces années 59-60 !

Bon, trêve de nostalgie ! Rentrons nos mouchoirs ! Je ne vais pas vous abandonner dans cette salle. Je vais vous conduire, comme au bon vieux temps, du côté de notre palmeraie, « Faire le boulevard « , comme l’ a écrit Yves Saint Laurent: « Chez nous, on ne se promène pas, on fait le boulevard ».

Faire le boulevard (archive de l’amicale du Rio salado)

La soirée s’annonçant belle et douce, l’heure du souper n’étant pas encore arrivée, laissons-nous tenter par un pirouli ou un paquet de toraïcos de ce même MINGO, revenu attendre les promeneurs du soir sur la place.

Ou tient ! Pourquoi pas ! Allons prendre une crème glacée à la crèmerie de Simone BERNABEU ! On pourra alors écouter le dernier disque de Paul ANKA, tout en discutant du prochain film ou de l’ interro d’histoire prévue, en première heure, demain, au collège.

La crèmerie BERNABEU (archive de l’amicale du Rio salado)

Allez ! Il est temps de rentrer. Bonsoir à Tous. A plus tard pour une prochaine balade ! Au revoir !

Dernier hommage à notre président : Titou REYNE.

Mardi 13 Juin 2023, quelques amis sont allés au cimetière paysager du Grand Saint Jean d’ AIX en PROVENCE, rendre un dernier hommage à Ernest REYNE, Président de notre Amicale du RIO SALADO.

Photo Jadette SALVA
Photo Jadette SALVA
Photo Jadette SALVA
Photo Jadette SALVA
Photo Jadette SALVA

Les amis sont venus dire adieu : Jacques, Jadette, Denise, Henri, Nicole, Michelle, Jean Louis, Chantal, Carmen, Monique, Gérard, André, René et Danielle.

Photo Jadette SALVA

Repose en paix ami de toujours.

Témoignages.

Henri BOUR m’a adressé la lettre ci-dessous , écrite par sa sœur, Marie-Paule, accompagnée du commentaire suivant :

L’autre jour en mettant un peu d’ ordre dans mon bureau, j’ai retrouvé ce document qui m’a beaucoup ému. C’est un texte de Marie-Paule, ma sœur aînée, écrit dans les années 80 qui exprime fort bien, beaucoup de choses : la douleur, le désespoir, l’effort puis l’espoir, la renaissance …. Prends-le comme un témoignage de plus de notre communauté saladéenne en tant que dépositaire de notre mémoire commune ».

10ème balade (2ème partie) : la route d’ HAMMAM BOU ADJAR.

Alors, cette visite au marché a-t-elle était agréable ? Qu’avez-vous trouvé ? Des lavettes en alfa ? Des champignons de fenouil ? Des épices ? Une paire de babouches, peut-être? Bien ! Tout le monde est là ? Pouvons-nous reprendre notre balade ? Ah ! Ah ! Je regrette de vous décevoir,  nous n’allons pas au cinéma VOX aujourd’hui ! Pour l’ heure, nous continuons notre promenade sur la route d’ HAMMAM BOU ADJAR. Ah ! Cette route ! Elle me rappelle de bien mauvais souvenirs! Nous en parlions encore dernièrement avec Gérard.

« Tu t’en souviens ? Dire qu’ils n’avaient pas encore 17ans !»

Rapprochez- vous ! Il faut que je vous raconte, écoutez ! Ils  étaient nos copains depuis des années ! 

Nous nous retrouvions  le dimanche après-midi, tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, pour les surprises-parties Nous ramenions l’unique tourne -disque de la bande et les tout premiers 45Tours de l’époque que nous possédions,  et que l’on passait deux ou  trois fois dans l’ après-midi : « l’Étranger au Paradis  » de Gloria LASSO , « Graine de Violence » de Bill Haley    en autre.  

                             

Archive de l’amicale du Rio Salado.

Et puis, en cette fin de l’été  où les vendanges  occupaient une bonne partie de la population, Richard PEREZ -une branche de la grande famille des PEREZ- reçut de son père, l’ordre de conduire un de leurs ouvriers dans l’ AUSTIN familiale  jusqu’à leur cave  de TURGOT.   Profitant de l’ occasion qui s’offrait de faire une belle balade, Richard embarqua l’ouvrier et cinq amis: Christian GARRAIT, Louis et Jean-Jacques LAMBERT, Paul et Jean GALLARDO . L’ouvrier débarqué, pourquoi ne pas aller jusqu’ à la plage ? Quelle bonne idée ! Aussitôt dit, aussitôt fait, voilà nos amis  sur le chemin de TURGOT PLAGE. Une visite de convivialité à  Madame GRANDEL à la Joyeuse ESCALE, puis une autre de courtoisie au CASINO où  ma mère, les connaissant tous,  les accueillit très mal. Ils n’avaient pas 17 ans !

Archive de l’amicale du Rio Salado.

Retour à RIO. Richard au volant, Christian, devant avec Jean assis entre eux deux. A l’arrière, Jean Jacques, Paul et  Louis. Je vous entends :vous avez raison ! Richard n’avait pas le permis. Aucun d’entre eux d’ ailleurs. Mais au village,  pas mal de garçons conduisaient la voiture paternelle bien avant l’âge autorisé. C’était une coutume rentrée dans nos mœurs. Aussi, arrivés à RIO, la joyeuse bande, décida d’aller dire un petit bonjour à HAMMAM BOU HADJAR, le village à côté ! Et voilà nos amis  roulant sur cette route où nous nous trouvons. Ils étaient en vacances. Il faisait beau ! Ils étaient les rois du monde !

Hammam Bou Hadjar (Archive de l’amicale du Rio Salado).

Hélas ! Le retour fut moins heureux ! Était-ce une minute d’ inattention ? Un mouvement malheureux ? « Jean a affirmé  qu’ils ne roulaient pas vite » m’a répété Gérard.  Après le virage, à hauteur du transformateur, que s’est il passé ? Nous ne le savons pas !  L’AUSTIN a fait une embardée, a failli faire un tonneau, s’est rétablie à la dernière minute, secouant brutalement les passagers. Louis éjecté de son siège, se retrouva sur la route. Jean, Paul et Jean-Jacques complètement assommés. Pour Richard et Christian, l’aventure s’arrêtait là. Quelques jours plus tard, toute la bande de filles et garçons, en pleurs, les accompagnaient au cimetière ! Ils n’ avaient pas encore 17 ans !   

Dans le bulletin paroissial du 3 Octobre 1956, l’abbé PLENIER publiait l’article suivant :

«Au début du mois, les familles Jean PEREZ et Lucien GARAIT ont été cruellement éprouvées par la perte de leurs enfants Richard et Christian tués dans un accident d’ auto. Ce  double décès a provoqué une vive émotion dans la ville de Rio Salado, à cause de son  caractère brutal, et surtout en raison de la sympathie et de l’ estime dont jouissaient les enfants et leurs familles. Une foule nombreuse et recueillie a suivi les funérailles et les services funèbres. »

Archive de l’amicale du Rio salado
Richard PEREZ et jean-Jacques LAMBERT (Archive de l’amicale du Rio Salado)
Christian GARAIT – Blondine VALERO- Arline ABELA-
Jeanne LAMBERT-Chantal LLOPIS (archive de l’amicale du Rio Salado)

Et nous voilà, maintenant en vadrouille, au bord de cette route d’HAMMAN BOU ADJAR! Désolée d’avoir assombri votre promenade, mais comment oublier de tels     souvenirs ! Permettez-moi de respirer un grand coup et continuons notre visite.                 

  Nous sommes toujours devant  la porte d’entrée de madame PEREZ. Un peu plus loin, derrière nous, vit Fernande  CARMONA.  Justement voici sa sœur Annie  qui arrive. Suivez-moi, s’il vous plaît. Voici la maison  de   M. et Mme BOUZINAC : un couple âgé , sans enfant. M. BOUZINAC , il y a pas mal de temps, avait  une distillerie, quelque part dans le village, mais avec l’ âge …!

Plus loin, Mercedes et sa sœur sont devant la porte de leur épicerie. C’est une petite échoppe qui dépanne bien les ménagères alentours et fait le bonheur des gosses du quartier lorsqu’ils ont quelques petits sous à dépenser. Encore quelques pas,  nous voici devant le perron de mon amie et cousine,  Arlette PERES. Et oui ! Que voulez-vous ! Nous étions tous plus ou moins cousins à RIO SALADO ! Mais avec Arlette, c’est différent. Je ne vous raconte pas des salades. Nos grands-parents étaient frère et sœur !  Venez, entrons ! Nous serions mieux dans la cour. Arlette nous attend ! Je vais vous présenter la famille de Louis et Antoinette PERES, les parents.

Louis et Antoinette PERES, Paulette et Ptit Louis, Arlette, O LEGAT,Brigitte PERES, Margot LEGAT. (archive de l’amicale du Rio Salado)

Là-bas, dans cette habitation , P’tit Louis , l’aîné, et son épouse Paulette SORIANO qui n’est pas saladéenne.  P’tit Louis est allée la « chercher » à TEMOUCHENT. Mais nous « l’aimons » quand même… Ne vous offusquez pas, les Saladéens ont la réputation d’être un peu orgueilleux. Il y a des mauvais langues qui disent que nous étions des prétentieux. N’importe quoi!  Ces malfaisants colportent même des histoires de pinces à sucre, et de piano à queue. Pure méchanceté ! Il faut reconnaître quand même que nous avions le plus beau village de la région. Que dis-je : de l’ ORANIE !   Vous n’êtes pas de mon avis ? Allez le demander à notre ami René d’ ABIDJAN !  Continuons notre visite.  De ce côté-ci, Arlette et Brigitte nous ont préparé une surprise. Zut! J’ai oublié de vous présenté René, le second garçon de la famille. Je m’ en excuse : René n’est pas là. Il est sur un chantier, il conduit  la machine à défoncer.

(archive de l’amicale du Rio Salado)

Il faut que vous sachiez que M. PERES Louis et son frère Joseph, Pépico pour les amis, que nous avions rencontré boulevard National,  possèdent des machines à moissonner,  à dépiquer et  à défoncer. Machines qu’ils parquent au « Dépôt » : un grand entrepôt sur la route de la gare. Regardez à gauche, vous voyez, le grand hangar, là au fond de la cour. Il est devenu trop petit pour remiser les engins. Alors, il sert d’hébegement  les ouvriers saisonniers que Louis et Pépico PERES embauchent pour la durée des moissons et du dépicage. Ces ouvriers  viennent du SAHARA. Chaque année, ils ramènent à Brigitte,  une corbeille de dattes venant tout droit d’une oasis  de leur région. D’ailleurs, un plat de dattes est à votre disposition  . Gouttez-les!  Charnues, fondantes ,sucrées ! Un vrai délice !   

    (archive de l’amicale du Rio Salado)      
         

                                     

Bon, il serait temps de repartir . Je tiens  à vous faire découvrir  une curiosité architecturale, qui se trouve  pas très loin de  la maison de Louis PERES toujours sur cette route d’ HAMMAM BOU ADJAR.

    Tenez, la voilà!   Vous pouvez l’apercevoir maintenant. Nous nous sommes  promenés dans les rues de  Rio, nous avons pu admirer de très belles demeures de tous âges, de tous styles.

 
    (archive de l’amicale du Rio Salado)   

Regardez cette dernière villa. Elle est unique. Construite sur pilotis. Pas d’ arrondis.  Seulement des  formes rectilignes. Et d’ immenses fenêtres ! Cette villa me fascinait. Lorsque j’en parlais,  on me répondait : « c’est une maison  LE CORBUSIER». Encore fallait-il savoir qui était ce monsieur!

La villa SAVOYE, oeuvre de Le Corbusier (tiré de GooGle)

Cette maison si particulière  appartient à Huguette et Francis CARREGA. Madame CARREGA m’a dit que son architecte s’est inspiré de la villa SAVOYE, qui se trouve à POISSY près de PARIS, et qui est l’œuvre de l’architecte LE CORBUSIER.

La famille Carrega et leurs épouses Henri, Andrée,Huguette, Malvina, François et Francis.   (archive de l’amicale du Rio Salado)

Je vous laisse vous promener dans ce jardin si original. Je vous retrouverai la prochaine fois sur la place Jules FERRY. C’est promis : je vous emmènerai au CINÉMA VOX. Et, merci  de m’avoir suivie!

  10ème BALADE : la place J. FERRY.

                    Les fêtes de fin d’année sont déjà loin. Le CASINO a fermé momentanément ses portes. Les bals ne sont plus que d’ agréables souvenirs. M.ROCHER  règle  ses comptes  avec l’administration. Alors, si cela vous tente, je vous emmène, l’espace d’un instant découvrir un autre coin de RIO. Nous allons nous promener  du côté de la place Jules FERRY. Ah! La place Jules FERRY! Cela vous pose un problème, n’est-ce pas? Sachez, vous tous qui nous suivez dans nos balades, que les Saladéens sont d’incorrigibles citoyens.

 «Place Jules FERRY, s’il vous plaît ?

– Non ! Connais pas ! 

Place du VOX. Pas de problème je vous y conduis.»

L’ennui, c’est que sur un plan de Rio, vous ne trouverez jamais la place du VOX, mais bien la place Jules FERRY. J’ai  « invité » pour cette excursion,  Arlette, Denise, Christiane, Michelle, Gérard, Nadia. Etant du secteur, nos amis nous conduiront plus aisément à la découverte du quartier.

                                     

Prêts  pour ce retour dans le Rio de notre adolescence ? Alors en route ! Oubliez vos soucis et laissez-vous dériver au gré de nos souvenirs.

Nous venons de quitter Le CASINO. À votre gauche, la rue JOFFRE que nous avons sillonnée en long en large et en travers. À droite, la rue Gaëtan AMAT qui nous mène tout droit à la voie ferrée. Nous n’irons pas de ce côté -ci,  mais rien ne nous empêche de répondre aux gestes amicaux de Paul et Camille COVACHO, qui nous regardent passer depuis le seuil de leur maison.

Une petite parenthèse pour vous conter une anecdote  qu’Arlette PEREZ m’a soufflée au creux de l’oreille. Camille avait été sollicité par des parents soucieux et désireux de  combler les lacunes en anglais d’Arlette, de  Jean GALLARDO et de Jean-Jacques LAMBERT. En espagnol pas de problème, mais en Anglais ! Aïe !Aïe ! Hijo mio ! Quelle galère ! Merci M. COVACHO. Alors, imaginez les fous-rires lorsque nos amis, toujours prêts à rigoler, mélangeaient allègrement accent anglais et accent pied-noir, au grand désespoir de Camille. Je n’ai pas pu savoir si ces cours avaient été bénéfiques, mais, vue l’ambiance ! …  Fermons la parenthèse, et continuons notre visite.

 Allez, suivez-moi , prenons la rue François ARNOUX, c’est la plus directe. Sur votre droite, le fief de  la famille PEREZ Joaquin, Tchimo, pour les amis,  et Candelaria.

La cour de la maison PEREZ (archive de l’amicale du Rio Salado)

 Une grande famille a défilé dans cette cour ! L’aîné, Joaquin, et Elvire,   son épouse,  les enfants : Danielle, Roger et Yves, puis Marie-Rose et Aimé GALLARDO,… maman de Paul, Jean et Simone, ensuite Clémence et François CERNA et leurs  trois filles,  Roseline, Jeanine et Christiane, les deux derniers, Henri et André. André, vous le connaissez , il est l’ époux d’ Hermance ROSELLO. Nous avions rencontré leur fils, Marc, rue Manuel  ANDREU, devant la maison du docteur ROSELLO, son oncle. Marc jouait avec ses copains Marcel et Richard. Si la mémoire vous fait défaut  allez vous promener dans « la 6ème balade« .

Clémence CERNA, les grands-parents PEREZ et Christiane (archive de l’amicale du Rio Salado)

Reprenons  notre visite. Vous me suivez ? Voici donc le grand portail de la cour des PEREZ. Vous souvenez-vous du malheur qui  frappa cette famille ?

J’ai retrouvé dans « Le Sel« , le bulletin paroissial de l’ abbé PLENIER, un article relatant l’ évènement:

«Février 1956: décès de Candélaria PEREZ.

Madame PEREZ nous a été enlevée dans des conditions particulièrement atroces.  Elle a été bardée de coups de poignard. L’émotion a été vive à Rio, la colère aussi. Pourtant les funérailles se sont déroulées dans la plus grande dignité. Les Saladéens ont les nerfs solides et font encore crédit à la justice.

Aux familles éprouvées, le témoignage de notre sympathie et de nos prières. »

                                           

Archive de l’amicale du Rio Salado.

Triste année que cette année 1956 ! Bon ! Passons ! Laissons de côté ces pénibles souvenirs et continuons notre promenade. Sur le trottoir d’en face, à l’angle de la rue, la villa de Rose et Luisico MARTINEZ. Maguy et P’tit Louis, leurs enfants,  attirés par  notre venue, ont ouvert le portillon. La maison est bâtie  dans le jardin des parents de Rose, de Marguerite et de Guy QUILES.  Belle construction !                              

Mitoyen à la villa, rue Jean ARACIL, voici  l’atelier de M. COVACHO,  tonnelier de son  métier, et père de Paulo et Camille. Brigitte PEREZ  et Francine RIPOLL, en sortant de l’école, s’ arrêtaient un moment,  fascinées par le travail du tonnelier, prenant plaisir à le voir cercler  les douelles, et donner forme au fût.

 Nous n’irons pas plus loin dans cette rue. Retournons sur nos pas. Arrêtons -nous devant la porte d’ entrée de madame PEREZ.

Place Jules Ferry. Maison PEREZ (archive de l’amicale du Rio Salado)

 Devant vous, la place Jules FERRY. Bien sûr, elle n’a pas la classe  de la place publique, du square Milhe POUTIGON. Mais aujourd’hui, elle est  très animée. Le dimanche, c’est jour de  marché. Les fermiers arabes viennent vendre leurs produits. C’est ce qui explique l’effervescence du lieu.

Il y a  quelques années, la place ne présentait pas ce tableau coloré. Autrefois, ce marché dominical avait lieu sur le  grand  terrain   situé devant l’ ancienne école de filles près de la vieille église : une place en terre battue où se tenaient ce fameux marché du dimanche et les manèges lors des fêtes du village. En particulier,  notre fameuse « chenille » qui nous donnait des sueurs froides, lorsque la vitesse de rotation s’accentuait et que la capote bâchée se dépliait  dans l’obscurité, enveloppant tous les sièges. Alors,  les   cris de peur ou d’excitation fusaient   de toutes part, mêlés aux grincements de la chenille ondulant sur les rails et au hurlement tonitruant de la sirène qui signifiait la fin de la promenade, permettant ainsi à « d’éventuels rapprochements »  de reprendre leur place. Et oui…c’était il y a longtemps !  

(archive de l’amicale du Rio Salado)

Et puis en 1953, le 23 mars plus exactement, Mgr LACASTRE, évêque d’  ORAN, vint spécialement assister à la  pose de la première pierre de la construction de la nouvelle église Saint Michel. Et le marché du dimanche fut contraint de s’établir place Jules FERRY .                 

Place de la vieille église (archive de l’amicale du Rio Salado)
Archive de l’amicale du Rio Salado.

 Revenons sur notre trottoir. La journée s’annonce plutôt grisâtre. Sûrement l’effet des prières de nos « faiseurs de pluie« .  Tiens, justement, les voilà qui arrivent. Ecartez-vous ! Laissez passer les « Madame BONO » !   Entendez par là : « Madame Bonne Eau« .                                                                                                  

Pour appeler la pluie sur la  commune, ces musiciens arabes, au nombre de trois, déambulent dans les rues du village, derrière un jeune taureau, au pelage noir, lustré. Des colliers de perles et des  rubans, pendent à son cou. Un tapis très coloré s’étale sur son  dos. Il est le roi de la fête. Les trois musiciens ont chacun un instrument de musique différent pour accompagner la marche de l’animal :

la JAÏTA : une flûte en bois, le GALAL : un tambour, lui aussi en bois, et le TAR : un genre de tambourin muni de cymbales. La musique plutôt aiguë, couvre en partie les paroles de leur mélopée:

                        « Ya madame Bono,ateni sueldo, …. »

C’était une fête de les voir passer, lorsque nous étions enfants.

Les faiseurs de pluie (archive de l’amicale du Rio Salado)

Sur la place, les paysans ont parqué les ânes près du gros pylône électrique et plus loin, un vendeur propose  des touffes d’alfa ,en grappes sur le sol. Des « stropajos » très utiles pour faire la vaisselle.  Plus exactement, me disait Jeanine,  des « estropajos » :  des bouchons d’ alfa. L’équivalent de nos  éponges métalliques. Que voulez-vous ! Nos racines espagnoles ont eu une grande influence sur notre langage !

Un peu plus loin, sur votre droite, vous apercevez une guitoune. Pardon, une  tente blanche. C’est celle du coiffeur, ou du docteur peut-être, je ne l’ai jamais su. Ne cherchez pas le mobilier, tout se passe devant la tente. D’ailleurs regardez ! Voici un client qui s’approche. Notre chibani s’assoit en tailleur sur la natte en alfa, « la stéra ».  Le coiffeur l’ enveloppe dans une sorte de « fouta« ,  serviette en drap, et d’ un habile coup de tondeuse, lui rase le crâne. Non ! Non ! Pas de glace ni de lavabo, messieurs ! Chut ! Laissons travailler l’artiste ! Et puis, intervient le médecin. Je n’ai jamais eu la  curiosité d’aller  voir de plus près. D’ailleurs, je n’aurais osé jamais le faire. Notre ESCULAPE des rues, place des sangsues -oui, des sangsues, vous avez bien entendu-  il les dispose sur différents endroits du crâne.  Elles se chargeront d’améliorer l’état de santé du patient. Quelqu’un est intéressé? La thérapie par les sangsues revient à la mode. Il sait ce qu’il fait notre barbier-chirurgien!

Bref ! Comme   vous pouvez le voir, la place est très animée. Une agitation vive et colorée  qui faisait peur à Nadia. Enfant, elle venait  avec sa grand-mère,  fermement accrochée à sa main, affolée par l’agitation qui régnait sur la place.

Je vous laisse vous balader dans ce marché. Des souvenirs enfouis rejailliront sûrement, avec plaisir j’espère. Je vous retrouverai plus tard  pour continuer  notre balade dans  ce coin de RIO.

Alors  Buen paseo!

                           

  

Hérisson ou châtaigne ?

Jacques a trouvé cette « chose-là ». Est-ce qu’elle vous parle ? comme disent nos amis Sétois? …

Hérisson ou châtaigne ?(photo Jadette SALVA).

                                  

Non, non, vous faites erreur! Ce n’est pas un petit hérisson. Encore moins une grosse châtaigne. Mais un gros oursin de profondeur. C’est un oursin émoussé. C’est son nom. C’est un oursin comme ceux que l’on pêchait aux « BLANQUISSARDS » , une crique entre BOU HADJAR et SASSEL . Pas très loin du CAP FIGALO.

Les oursins que Jacques a trouvés ne viennent pas de là-bas, mais de CONCARNEAU. Bien sûr, ils n’ ont pas le goût, la saveur de ceux de la MÉDITERRANÉE. Mais ils sont chargés de belles gonades, et … d’agréables souvenirs.

                                       

un plat d’oursins (photo jadette SALVA).

                                        

Un plat d’oursins bien appétissant (photo Jadette SALVA)

La PATATE DOUCE : « le MONIATO de chez nous ».

Au retour d’un marché, j’ai oublié au fond de mon panier une patate douce. Quelques jours plus tard, je retrouvais la patate. Dans l’obscurité et la chaleur du panier, elle commençait à germer. Aussitôt, ce moniato germé me transporta vers un autre horizon, de l’autre côté de la Méditerranée où, sur une étagère de la salle à manger, il poussait allègrement le long d’un meuble, un brin de laine le ramenant vers un circuit plus convenable. C’était un plaisir de le nourrir et de le voir grandir.

Peut être les prémices de mon goût pour le jardinage?

Archive de jadette Salva.

Cette patate oubliée a gagné ma terrasse et grimpe avec le même enthousiasme à l’assaut du mur de la loggia. Je la regarde pousser, et d’agréables souvenirs me reviennent chaque fois.