BENI BADEL-ORAN : la voie de l’eau douce.

Malgré les recherches de mes dévoués informateurs, nous n’avons rien de précis concernant le raccordement de RIO à l’eau de BENI-BADEL. Élargissant mes recherches sur INTERNET, d’après les infos que Michelle CHORRO m’avait données, j’ai pu trouver un témoignage d’Henri MONOD  (« Un cas concret: ORAN« ). Voici un extrait à travers lequel on peut se  faire une petite  idée de ce qui a pu se passer à RIO.

«…Pour nous tous, oranais, l’eau était une bénédiction du ciel, un moyen de vivre.. ».                                                            

« …la solution a été extrêmement  coûteuse. Il a fallu aller chercher l’eau dans les monts de TLEMCEN, aux sources de BENI BAHDEL à 180 km d’ORAN à travers un territoire extraordinairement mouvementé. Ce sont 180 km d’ouvrage d’art où les français ont mis tout leur génie pour pouvoir réaliser cette adduction d’eau.                                                                    

En 1939, le barrage était déjà construit aux sources de BENI BAHDEL . Il était terminé. En 1941,  la situation était devenue tragique entraînant le rationnement d’eau et la population qui continuait de croître de façon exponentielle avec tous les français qui arrivaient de Métropole et qui s’installaient à ORAN. (Les Allemands étaient en France).  Quand aux coûts (également en conséquence énormes),  ils avaient été estimés en 1938 pour l’ensemble des travaux à 175 millions de francs de l’époque. En 1952 quand tous les travaux ont été terminés, ils se sont élevés à 7 milliards de francs,  40 fois le devis initial. Le financement a posé d’énormes problèmes parce que la ville ne pouvait pas payer de tels travaux.  En 1948 il y a eu une entrevue dramatique entre le Gouverneur Général  NUEGELIN et le maire d’ORAN FOUQUES DUPARC qui affirmait: « la ville ne peut plus   payer, c’est l’explosion sociale si vous ne faites pas quelque chose;  il faut que vous preniez en charge le règlement». Finalement, le gouvernement général a pris  une grosse partie du financement à sa charge, mais il restait encore un trou béant et le gouvernement français à PARIS a décidé de le faire payer par le Ministère de la Marine. Le vendredi 13 juin 1952 la dernière conduite du dernier tronçon a  été installée. Le mercredi 16 juillet, c’est à dire un mois après, l’eau douce des sources de BENI BAHDEL arrivait enfin dans les quartiers périphériques d’ORAN…L’usine hydroélectrique au pied du forage fournit 5 millions de kWh. Le réservoir de BENI BAHDEL contient 73 millions de m3, soit 3 années de consommation de la ville d’ ORAN.  Ce samedi 19 juillet c’est   l’apothéose, l’eau coule dans toutes les fontaines avec l’ anisette bien sûr. Tout ORAN est dans une fête, une explosion extraordinaire.»                                                                                        Henri MONOD (Président des Amis du MURS)

Pour information supplémentaire, ce fut L’abbé LAMBERT, maire précédent, qui commença cette  œuvre gigantesque et Henri FOUQUES DUPARC qui  la termina. Et l’anecdote finale: certains oranais durent saler l’eau de leur anisette pendant quelques temps.

Le plan de la conduite d’eau de Beni Badel. Cercle Algérianiste.

François CARREGA attire notre attention sur un extrait d’un livre dont il conseille la lecture : « Oran, 11 siècles d’épopée méditerranéenne (920-2016) » d’Alain SANCHEZ, édition Amalthée (janvier 2017).

« …mais la vie communale continue. Au grand soulagement des habitants, le problème de la fourniture de l’eau douce à Oran est définitivement résolu, grâce aux aménagements entrepris entre 1946 et 1952. Le barrage de Béni Badel est surélevé jusqu’à 54m et une conduite de 190km de long et de 1,10m de diamètre est réalisée avec un dénivelé de 420m sur l’ensemble de son profil en long. Ces travaux gigantesques qui n’ont pu bénéficier finalement à la ville française que 10 années seulement, ont coûté 6.3 milliards de francs, et utilisé 40 000 tonnes de ciment, 10 000 tonnes d’acier et 7 500 tonnes de fonte. Enfin l’eau douce de Béni Badel arrive dans la ville en juillet 1952.

     Un demi-siècle après son inauguration, le barrage souffrira en partie d’envasement et l’eau arrivera dans les logements de la ville devenue algérienne, un jour sur 3 durant quelques années, avant qu’une solution d’approvisionnement complémentaire ne soit trouvée« .

Carte postale tirée du net.

Photos illustrant le commentaire de René CARDONA :

Photo tirée du net.
photo tirée du net.

Après d’infructueuses recherches, je crois qu’ il serait temps de clôturer le dossier  « BENI BADEL« . J’ai enquêté auprès des Saladéens susceptibles d’ avoir vécu cette époque. De tous côtés la réponse était la même:

«Non, je ne me souviens d’aucune célébration. La fête, c’était pour ORAN.»

Les pensionnaires du Lycée LAMORICIÈRE buvaient l’eau saumâtre de la ville. Lorsqu’ils revenaient à RIO pour les vacances ils étaient  toujours « surpris « par

l’eau de la source BOUGHEDRA. Ils s’en souviennent encore.

J’ai relevé dans le livre « RIO SALADO »  d’ A. MONTERO ce passage qui, je crois nous mettra  tous d’ accord :

«Chez nous point de lavoir, ni de rivière. Cela évoque une eau abondante et douce ce qui n’était pas le fait du pays que nous habitions. Aussi les femmes dans ces patios, tenaient-elles à demeure devant leur porte, l’inévitable baquet et planche à laver, le tout poser sur une caisse…L’eau courante vint par la suite et la fontaine désertée ne servit qu’aux mille sottises des garnements».

Alors, d’après les discussions avec les uns et les autres, les quelques lignes d’A.MONTERO, les Saladéens sont donc passés de l’eau douce de la source, à l’eau douce du barrage sans s’en rendre compte.

(commentaire du jeudi 18 janvier 2018).

 

 

 

10 réflexions sur « BENI BADEL-ORAN : la voie de l’eau douce. »

  1. Excellent commentaire de Henri Monod. Merci à Jadette de nous le produire. Mais moi, je pense à tous ces ‘’métiers’’ qui ont disparu à l’arrivée de l’eau courante.

    Qui se souvient à Oran ??

    – Des vendeurs d’eau avec une outre en peau de chèvre en bandoulière un gobelet (je crois qu’on disait timbale) en cuivre et une clochette pour attirer l’attention et leurs appels ‘’ Agua fresca’’. Je ne me souviens pas combien ça coûtait. (illustration à la fin de l’article ci-contre).

    – Des charrettes qui parcouraient les rues avec des bonbonnes d’eau à distribuer aux ‘’abonnés’’ échange standard une pleine et récupération de la consigne une vide. (illustration à la fin de l’article ci-contre).

    Des scènes de la vie quotidienne qui était la nôtre (quand nous allions à Oran).

    1. Salut René. Moi aussi, je me souviens des vendeurs d’eau à Oran, dans les années 50 et plus. Des carrioles etc…
      J’habitais boulevard Lescure. C’était le bon temps. J’attendais le jeudi avec impatience pour venir à Rio avec mon père qui y allait tous les jours pour ses affaires.
      Mon excuse, c’était Ramonico le coiffeur, c’est pour cela que je n’ai jamais pu avoir les cheveux longs!!!
      Amicalement.

  2. Bonjour Robert.
    Merci de ta contribution.
    Éclaire mon quinquet toi qui as vécu à Oran.
    Légende ou réalité ??
    J’ai très souvent entendu dire qu’à l’arrivée de l’eau de Beni Badel à Oran, les Oranais  »pur sucre » ajoutaient une pincée de sel dans leur café et dans leur …anisette tant ils étaient habitués à leur eau saumâtre.
    VRAI ou FAUX ??
    Amicalement
    René Cardona

    1. Toujours à propos de l’eau de Béni Badel.
      Puisqu’il semble que l’ami Robert ait eu une extinction de clavier…
      Je souhaiterais que les ami(e)s qui étaient aux lycées à Oran à l’époque de l’arrivée de l’eau ajoutent leur « grain de sel » comme les Oranais prétendaient mettre le leur dans leur café et l’anisette.
      Légende « du patio à Angustia » du célèbre Gilbert Espinal ?? ou « vraie » vérité ??
      Merci.
      René Cardona

      1. Sacré René.
        Tu es toujours là pour titiller nos visiteurs. Tes appels « du pied » sont sympathiques. Pour ma part, je pense que c’est une boutade bien installée cette histoire de sel dans le café et l’anisette à Oran.
        J’ai entendu dire, qu’après la guerre, certains faisaient tout pour retrouver le goût du café infecte durant l’occupation. Va savoir ?
        Je m’aperçois que tu pratiques, avant beaucoup, l’écriture inclusive*. Bravo même si celle-ci est décriée et demandée à la fois en ce moment en France.
        Toujours à la pointe, mon ami!!!
        Salutations.
        *Ecriture inclusive : cette nouvelle méthode qui consiste à féminiser les mots en plaçant, entre des points-milieu, la terminaison du féminin.
        Exemple : les ami(e)s qui étaient aux lycées à Oran. (R. Cardona).

      2. Bonjour René.
        Je constate que tu es « assoiffé » d’écriture et çà fait du bien.
        Ce n’est pas une extinction de clavier, mais plutôt une extinction de feu avec le départ de Johnny qui me rappelle mon adolescence avec tous les souvenirs de la rue d’Arzew à Oran en 1960 en regardant le jukebox scopitone. Avec ses débuts « laisse les filles » à « lets twist again » dans les cafés de Mr Manolico Bernabeu de Rio Salado et Turgot plage en sirotant un bao fraise avec toraïcos,tramousos et cacahuètes.
        Hé oui, je n’avais que 16 ans et l’anisette, avec ou sans sel, je la goûtais exceptionnellement: c’était pour les ainés. J’attendais surtout le samedi soir, quand j’étais à Rio ,devant le bar de Mr Parès, le cuiseur de merguez, et avec un petit pain. C’était extra.
        Depuis j’ai grandi et j’ai les mêmes goûts et envies que toi. Et, ayant séjourné dans les D.O.M., je me suis habitué au sucré salé et même au TI-punch (le tout bien sûr avec modération).
        Bien Amicalement.
        Salutations Saladéennes.
        Robert Escudero.

      3. A Oran, la fête de l’eau douce (juillet 1952) ne semble pas encore avoir eu lieu, et les porteurs d’eau se promènent dans la ville avec leur bidon sur le dos pour distribuer de quoi faire passer la Calentica. La vieille source de Raz-el-Aïn ne perd pas son utilité pour autant. Avec un débit de 58 litres/secondes, elle est capable d’alimenter toutes les fontaines de la Marine à partir d’un château d’eau construit en 1853 d’où partent deux canalisations en maçonnerie. D’où l’ancienne rue du Château d’eau dans le coin.

        1. Merci Krim, pour ce complément d’ informations concernant les fontaines de la Marine, et pour l’évocation d’ une scène typiquement oranaise , des porteurs d’ eau.

    2. faux et il disait pour rigoler l,eau douce après 1980 elle est devenu salée parce que Oran a grandi et bcp de construction et l,eau douce elle venait de Tlemcen .

  3. Quelques informations de dernières minutes concernant notre enquête sur « l’eau de BENI BADEL »
    J’ai appris que la société chargée des travaux du raccord de l’eau de BENI BADEL à notre village, venait d’ALGER. Helas! le nom de ladite socièté s’est perdu dans les méandres de nos mémoires. Les ingénieurs, au nombre de deux, logeaient à l’HÔTEL de FRANCE, (boulevard National), tenu à cette époque par M. VIRUEGA Tonino. Leur bureau était situé dans une des classes de la vieille école de filles déjà désaffectée.
    Les buses nécessaires à l’arrivée de l’eau étaient fabriquées par la SOCOMAN, établie à LAFERRIÈRE.
    Ces grosses conduites que nous voyions traverser le village étaient véhiculées par des camoins verts de la société DEZAN et FRERES d’AÏN TEMOUCHENT.
    Les deux réservoirs qui alimentaient RIO SALADO se trouvaient à la ferme CARREGA.
    Notre enquête me parait terminée. Mais nous acceptons d’autres informations.

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