La fin de l’été à la plage.

Les vacances à la plage étaient belles et bien finies. Les cabanons fermés, il fallait maintenant mettre les bateaux au sec, les rentrer  pour l’hiver. Quelques uns restaient dans un garage à la plage, les autres  étaient transportés au village, sur le plateau d’un camion de vendanges, et remisés dans un coin d’une cave ou au fond d’ un hangar.

Mais pour l’heure, ils étaient là, se balançant dans la baie attendant le bon vouloir de leur propriétaire.

Archive amicale du Rio Salado
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La majorité sortait du chantier ORTIGOSA d’ORAN.  C’étaient des demi-palangriers, construits pour la pêche. Ils avaient tous la même allure, seule la longueur les différenciait.

Nous pouvions admirer également les prouesses du seul dériveur, et de quelques « glisseurs ». Oui, des glisseurs! Oh! Pas de sourires ironiques s’il vous plaît!  Ne cherchez pas ce mot : il n’existait que chez nous. « Hors-bord » ne faisait pas partie de notre vocabulaire.

Durant toutes ces années, nous avons pu voir, ancrés dans la baie de la plage :

le  » NOTRE JOFFRE »,

précédé ou suivi, je ne sais,

de  « l’INTRÉPIDE »,

du  » JULES-HENRI » de Jules JACOBIN.

Le « LAVANDOU » de Pierre et Lucien SEROIN,

« L’ESCAPADE » de Camille RICO,

le « FLAMENCO « d’André PEREZ,

le « JANINOU » d’Henri JACOBIN,

le « LEON » de Léon MARSEILLE,

le « ROSE BLANCHE » de Joseph GOUAULT,

le « SPIROU » et le « CASINO » de Grégoire VALERO,

le « GOELAND » de Charles FABRE,

le « SQUALE » d’Henri PEREZ,

le « ROSE MARIE » de René CARDONA,

« L’AIMÉ » de Mémé GALLARDO,

le « RAYMONDE » de Raymond MACIA,

le « SURCOUF » de François MACIA,

le « SAINT JEAN » de Jean CAREÑO,

« L’HIRONDELLE » de Camille LOZANO,

le « JEANNE D’ ARC » des MACIA,

le « SAINT ANDRÉ » des BERMUDES,

le « ZEPHIR » de Jean LOZANO,

le « BARACUDA » d’Adolphe QUILES,

le « SAINT VINCENT » de Pifañio MANRIQUÉ,

« La CAPRICIEUSE » d’André LOZANO,

Le « NO TE FIES » d’Albert MACIA,

le « RENE » de Joseph POVEDA,

La suite en images:

La barque de Fernand LAMBERT (Archive amicale du Rio Salado)
le »ROJANPOL »de Fiston Warnery. (Archive amicale du Rio Salado)
le « CASINO » de Grégoire VALERO (Archive amicale du Rio Salado)
Le « glisseur » de Léon GOUAULT (Archive amicale du Rio Salado)
« Les SEPT FRÈRES » des LOZANO (Archive amicale du Rio Salado)
« le Triton » de M. BOUR. Archive amicale du Rio Salado
« L’ECUMEUR » de M.MANRIQUÉ (Archive amicale du Rio Salado)
« L’HISPANIOLA » d’Yvon LOZANO (Archive amicale du Rio Salado)

 

le « LEON » de Léon MARSEILLE et le « SEPT FRERES » des LOZANO(Archive amicale du Rio Salado)
Le »SOS »de Roger MACIA, (Archive amicale du Rio Salado)
« La MOUETTE » de Jaïme SALVA, (Archive amicale du Rio Salado)
« L’ESCAPADE » de Camille RICO, (Archive amicale du Rio Salado)
« LE PILOUET » de M. CANDELA. Archive amicale du Rio Salado

Nous n’avions pas de port à Turgot Plage. Durant ces 2 ou 3 mois, ils étaient ancrés dans la baie, plus ou moins loin du rivage, à l’embouchure de l’oued, au pied de la presqu’île rocheuse. Une ancre, un essieu de charrette fixé à une chaîne, une grosse pierre plantée dans une jante  bien enfoncée dans le sable, suffisaient à les maintenir captifs. Et gare aux étourdis venus roder autour des bateaux, rien ne signalait la présence de ces corps morts.

Archive amicale du Rio Salado
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L’abri était précaire. La mer se déchaînait sans crier gare. Aucune météo susceptible de prévoir le temps. Nous avions bien le ZARAGOZANO, un calendrier espagnol que seuls les anciens comprenaient. Alors, nous scrutions le ciel, la mer et les nuages.

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Tu crois qu’elle va se monter?

        – Non ! C’est seulement un coup de « REBOZO ». Elle retombera au coucher du soleil!

 

Comment? Vous n’avez jamais entendu parler du REBOZO? Ah! Ces jeunes! Rebozo en espagnol veut dire pan ou revers de cape. Au sens figuré : « une feinte ».

L’expression est jolie, « coup de REBOZO »! Il n’y a que par chez nous pour nommer un grain passager  une « feinte ». Donc, pas de souci. Nous laissions la mer faire son caprice, tout en vérifiant  seulement la solidité des amarres.

Certains soirs cependant, elle grossissait, un vent tiède sentant bon le varech, se mettait à souffler. Les embruns mouillaient les panneaux des cabanons et seulement là, on  savait que ce n’était pas un coup de rebozo.  Alors c’était un branle-bas de combat :

 

Va prévenir M. Fabre. Il faut sortir les bateaux. Qu’il ramène les parals. Et préviens les voisins : nous aurons besoin de bras.

 

Le  paral, encore un mot de chez nous,  est un boudin, un « patin » posé sur le sable qui roulait sous la coque faisant avancer l’embarcation trop lourde pour être tirée sur le bord par la force des bras. Le nôtre était plus élaboré : on le glissait sous la quille. Celle-ci reposait alors sur un rouleau à gorge centrale (un réa) fixé sur une pièce de bois. Nous pouvions alors déplacer le bateau sans trop d’effort à condition d’être assez rapides et remettre le paral à l’avant, pour éviter que la coque ne s’ensable. Nous en avions deux, pour faciliter la tâche. Ingénieux, n’est ce pas?

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De toutes parts, nous étions prêts à aider un copain, un parent, un voisin. Les petites barques étaient halées plus facilement. L’équipe prêtait alors main forte aux autres, dans un tumulte de cris, d’ordres et de plaisanteries. Nous devions aller détacher le bateau, le tourner vers la terre et le tirer en prenant garde aux coups de boutoir des vagues qui grossissaient d’heure en heure. Nous les hissions sur le rivage, loin de la colère de la mer. Au milieu des « Oh! Hisse » et des consignes, on pouvait entendre  grincer les palans du  quai JACOBIN qui sortaient hors de l’eau le  TRITON, le laissant suspendu à ses chaînes. Les bateaux sur le sable, nous repartions, trempés et fourbus. Les adultes, pour un dernier verre réconfortant. Nous, les plus jeunes, heureux en pensant à la baignade du lendemain. Cette mer démontée faisait la joie de tous. Une chambre à air de voiture ou mieux encore de camion et le plaisir était  à son comble.

Nous nous laissions glisser sur la vague qui finalement nous traînait sur le rivage, nous surfions à notre manière. Pas de courant dangereux, la mer nous ramenait toujours sur le sable, mais dans quel état! Soufflant, crachant  rigolant de bon cœur. Il faut entendre Gérard raconter un souvenir de sa prime jeunesse, comment dans son maillot tricoté au point mousse par sa grand-mère,  il était roulé par la vague, la culotte en laine lourde de sable et d’eau lui croulant sur les genoux et la désagréable impression de papier à verre passé entre les cuisses.  Mais quel bonheur ces bains de mer!

Que de souvenirs!!!!!!!

 

3 pensées sur “La fin de l’été à la plage.”

  1. Bonsoir Jadette
    C’est depuis Abidjan où nous venons de revenir que je lis avec beaucoup de plaisir ton récit.
    Comme toujours, tu as tout dit et les souvenirs de notre jeunesse revivent.
    Tu parles de « rebozo ». C’était pour nous adolescents souvent mal venu. Le vent se levait vers 18 /20 heures alors que nous étions aux dunes ou aux wagonnets à l’abri des regards des parents pour (je ne trouve pas d’autres mots civilisés) conter fleurette ou fumer une Palméra Luxe (paquet orangé à 27 Fr que nous cachions sous des lentisques). Il fallait revenir en vitesse pour sortir les bateaux. Combien de fois j’ai maudit ce rebozo, vent d’ouest venu de Beni Saf, qui nous « cassait le travail ».
    Pour les glisseurs, je crois que le plus grand après celui de Léon était celui de Jacobin. Un RIVA, me semble t’il, avec un moteur de 8 cylindres, très difficile à régler. Je ne me souviens plus du nom du mécanicien, mais je revois parfaitement sa silhouette.
    Merci pour ce texte. J’attends le prochain !!!
    Bon W.E à Agde avec tous les amis du village.
    René Cardona

  2. Merci Jadette !
    Cet article magnifique et
    ces très belles photos nous font revivre les bons moments passés à la plage ..
    Passez 2 bonnes journées .Désolée de ne pas pouvoir être avec vous cette année. Grosses bises à tous
    DENISE Martinez Lignon

  3. Encore bravo Jadette pour cette collecte de magnifiques et émouvantes photos..Quelle flotte !!!
    Et tu as raison ce mot de « glisseurs » je ne l ai entendu que dans la bouche de ceux de la bas mais je me demande si au Quebec il n y a pas de « glisseurs »
    Amitiés
    Michel Carréga

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