Les faiseurs de pluie.

J’ai reçu, il y a quelques temps,  un mail de notre ami René. Il s’inquiétait du manque d’eau chez nous  et  nous proposait de faire appel à…

                                                         MADAME BONO.

Vous souvenez-vous lorsque l’été, prenant ses aises, se  prolongeait jusque vers la mi-octobre? Quand la terre assoiffée réclamait de l’eau. Nous avions nos « faiseurs de pluie » qui arrivaient au village. Nous les appelions « MADAME BONO ». Entendez par là « MADAME BONNE EAU ». Pour appeler la pluie sur la commune, ces musiciens arabes, au nombre de trois, déambulaient en cortège, derrière un jeune taureau. Celui-ci d’un pelage noir était « caparaçonné » de tapis  colorés et couvert de colliers de perles ou de rubans. Ils avançaient dans les rues du village, jouant de leurs instruments si caractéristiques: la GAÏTA, le GALAL et le TAR. La GAÏTA, vous vous en souvenez peut-être, est un genre de flûte en bois, aux sonorités si particulières. Le deuxiéme, le  GALAL, est un  tambour en bois lui aussi. Le troisième, le TAR, est  un tambourin agrémenté de cymbales. Les « faiseurs de pluie » précédés du jeune animal, allaient de maison en maison, jouant cette musique criarde et aiguë à la fois  qui annonçait leur arrivée. Ils demandaient aux villageois de se joindre à eux dans la prière quémandant quelques pièces en offrande, et chantant cette mélopée:

« YA, MADAME BONO, ATENI   SUELDO                                                                                YA, MADAME  BONO ATENI SUELDI »

Archive de l’amicale du Rio Salado.

Je me demandais si ces pièces servaient à acheter des bougies pour le MARABOUT.

Dans les archives de l’Amicale, j’ai retrouvé un supplément d’informations envoyé par SIMONE BERNABEU.                                                                                                      «   Pour implorer la clémence du ciel,  pour que les terres asséchées reçoivent des ondées bienfaisantes et  que les récoltes soient belles, les gens du Sud, des musiciens SAHARAOUIS, entreprenaient de longs périples à travers villes et villages. Ils s’accompagnaient de cymbales doubles, d’ une grosse caisse artisanale, et de grelots attachés aux chevilles.  Ainsi affublés, ils dansaient autour d’un veau ou d’une génisse, empanaché d’un foulard généralement rouge. Les bêtes placides semblaient blasées  écoutant cet air lancinant accompagné de :                            

                                       « YA MADAME BONO! YA MONSIEUR PÉPÉ! »                                        

En récompense de leur exhibition, ou encore pour s’en débarrasser, ou pour croire en leurs prières, on leur donnait des pièces de monnaies sonnantes et trébuchantes. Certaines ménagères leur offraient du linge ou des ustensiles. Alors nous avions droit à un supplément de litanies.»»

Je ne pourrais vous dire si, après ces prières et ces offrandres, la pluie venait. Mais pour nous les gosses, c’était une fête de voir déambuler ces faiseurs de pluie dans les rues du village.

Archive de l’amicale du Rio Salado.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 réflexions sur « Les faiseurs de pluie. »

  1. « Madame Bono » a fait partie de mes frousses d’enfant. Quand j’entendais l’étrange musique tourner le coin de la route de Turgot pour emprunter la rue Marcelin Albert, des frissons parcouraient mon corps d’enfant et j’allais m’enfouir dans les jupes de ma grand-mère venue au spectacle. Tout était étrange dans ce bizarre cortège. Je n’osais pas lever les yeux sur les visages des pseudos artistes. La musique était tellement étrange, forte, que j’avais l’impression qu’aucun abri ne pouvait me cacher de ce monstre mobile et tonitruant. Je crois même que nos parents nous menaçaient de « Madame Bono » comme ultime recours devant nos écarts de conduite. Je suppose que cette peur s’est évaporée à la disparition de « Madame Bono ».

  2. ces faiseurs de pluie dont je me souviens assez bien , venaient en fin d’été et ils étaient l’épouvante de ma soeur GINETTE qui interdisait à la femme de ménage musulmane ou à quiconque d’autre à ouvrir une porte pour les recevoir ; en fait c’étaient des braves gens plutot inoffensifs (enfin, il me semble ) lesquels , dans leurs incantation pour faire venir la pluie ,était l’occasion de prendre quatre sous et nous les appelions les AISSAOUA , car tel devait ètre le nom de leur tribu .à noter aussi que AISSA est l’arabisation de JÉSUS , comme MOUSSA celle de MOÏSE
    voilà , c’est tout ce que je sais , mais ça au moins je le sais !
    amitiés à vous tous et bonne année de santé ROBERT

  3. Pour revenir sur ces faiseurs de pluie, c’est toute la communauté de Rio toutes origines confondues qui faisait appel à eux.
    Est ce que le taureau à la fin de sa « prestation » était sacrifié ou était mis  »au frigo » pour la prochaine sortie??
    Par ailleurs, si j’en crois la météo (de la télé) depuis Abidjan, vous avez dû leur faire appel pour le midi et surtout pour Paris.
    Amicalement.
    René.

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