Carnaval à Rio.

CARNAVAL est là, il sera célébré un peu partout dans le monde, alors je vous emmène au CARNAVAL de RIO. Ne vous affolez pas, c’est de notre carnaval dont il s’agit, un simple retour-arrière, histoire de vous faire connaître ou faire redécouvrir le carnaval à RIO SALADO.

Savez-vous que le premier bal de carnaval  fut donné le 22 février 1881? Le village était encore très « jeune ». Il fallut donc lancer une souscription pour organiser un VÉGLIONE, un bal costumé. Une parenthèse dans la vie si rude que menaient nos ancêtres. Un document trouvé dans les archives de l’Amicale, le confirme.

Souscription du 19 février 1881 Archive de l’amicale du Rio Salado.
Souscription du 19 février 1881 Archive de l’amicale du Rio Salado.

En fouillant un peu plus, j’ai pu lire dans l’ECHO d’ORAN de 1909 que le véglione (bal costumé) était précédé de scénettes qui se déroulaient dans les rues du village.  J’appris aussi que ce 11 mars 1909: « Les préparatifs du grand véglione, organisé pour le samedi par le « Cercle des Amis », sont à peu près terminés. Ce sera une fête de nuit dont on parlera longtemps». Et le 14 mars,  le journaliste de l’Echo d’Oran écrivait: « le véglione donné hier par le « Cercle des Amis » a obtenu un très vif succès. La salle brillamment éclairée était beaucoup trop petite pour contenir la nombreuse assistance. Beaucoup d’élégantes et fraîches toilettes et de riches travestis  ont fort intrigué tout le monde. La bataille de confettis et de serpentins a été très chaude pendant toute la soirée. Le service du buffet et du vestiaire étaient irréprochables. On s’est gentiment amusé et on a dansé jusqu’à 5 h du matin. Un bon point à l’orchestre et félicitations aux organisateurs de ce festival, dont tous les assistants garderont le plus agréable souvenir. On ne demande qu’à recommencer. Voici quelques uns des travestis les plus intéressants: un superbe papillon blanc avec un bébé rose, de nombreux Pierrot et Pierrette, une superbe toilette Directoire avec une belle violette, une Haïdée orange avec un domino noir et or …etc…etc… »                                                                               Plus près de nous, le cinéma de monsieur ROCHER, le CASINO, devenait pour toute une journée salle de bal. L’après-midi récréative pour les enfants et bal en soirée pour les adultes.  Je me souviens d’un après-midi où nous fêtions  Carnaval dans cette salle de cinéma transformée et décorée pour l’occasion en salle de fête. Quelles furent les festivités prévues? Je ne m’en souviens pas. Est-ce un goûter?  Un défilé?  Le concours du plus beau costume? Je ne sais plus! je n’ai en tête qu’un bruit confus de cris et rires et un malaise persistant devant tous ces enfants en tenues bariolées s’examinant d’un œil critique. Mamans, grands-mères, couturières et bien sûr le magasin de M. NAVARRO avaient été mis à contribution. Madame GARAIT, notre modiste, avait confectionné certaines coiffures. On ne plaisantait dans notre village! On était fier de nos costumes et, l’atmosphère guindée des premières heures dissipée, les conversations entre amis reprenaient. Soudain, l’arrivée de deux « belles alsaciennes » la tête aux cheveux ras ornée d’un magnifique nœud noir comme en portent les habitantes de COLMAR, attira l’attention de toute la salle suspendant les bavardages. Des garçons déguisés en filles! Jamais vu! Etonnement, petits rires étouffés. Bref! C’était CARNAVAL! Comment s’est terminée la journée? Dans la joie, une fois la curiosité de chacun satisfaite.

Le soir, les réjouissances étaient réservées aux adultes. Auparavant, continuant les traditions ancestrales, dès la tombée de la nuit, quand toute une partie du village arrêtait de travailler, des messieurs commençaient la soirée par des scénettes qui se déroulaient sur le boulevard. Toute une bande d’amis, de joyeux lurons, el tio BASILIO (RETCH), BAEZA, Ramon RICO, el tio , et Ramon BETTELO, allaient de bar en bar tirant un âne qu’ils vendaient aux enchères après de vives et bruyantes discussions bien arrosées d’anisette. Ce même âne qu’ils rachetaient de la même façon avant de sortir du bar. On vendait la bête en entrant, on la rachetait en sortant: c’était, si j’ai bien compris, la COMBIDA ou l’invitation à boire.

Une autre année, toujours à la tombée de la nuit avant le grand bal, il y eut une autre scénette  qui attira pas mal de curieux avides de spectacles dans une époque où il n’était pas courant, ni facile d’aller au théâtre. On voyait arriver, descendant le boulevard national, une charrette où reposait une « imposante dame » prête à accoucher et  recouverte d’un drap blanc. Cette pauvre femme avait un ventre bien rond, en fait une marmite en terre cuite qu’on appelait la « OYA »  cachée sous le drap. Autour de la charrette, accompagnant la future accouchée, on pouvait voir: le docteur, l’infirmier, la sage-femme, le mari attentionné et les parents. Tous plus farfelus les uns que les autres. Ces joyeux compères suivis de curieux hilares et moqueurs   s’arrêtaient au premier bar, celui de Madame GATTI, et là, au premier hurlement de la dame, qui surprenaient l’assistance, le docteur aidé de la sage-femme, plongeait son bras sous le drap (dans la marmite)  et en ressortait un ….chaton qu’il montrait à tout le monde. Alors la COMBIDA entrait en action sous les cris admiratifs des parents. Une tournée générale d’anisette était offerte. Et le cortège, un peu plus important, s’en allait ainsi vers les autres bars. Pour mémoire, il y avait 13 bars, mais seuls quelques uns attendaient la venue des acteurs. Plus tard, M. BERNABEU Manolico, ses frères Vincent et Frédou, prirent la relève et m’enchantèrent avec leur « enterrement de la sardine ». Je laisse Simone vous raconter ces funérailles.

Puis, c’était l’heure du bal. Je me souviens d’avoir vu arriver chez nous la bande d’amis de ma mère: Joujou SEMPÉRÉ, Lucienne et Paulette LAMBERT, Olympe CALLAMAND, Gisèle MACIA, Gaby LALANNE…toutes excitées, dissimulées sous leurs dominos de couleurs vives (long manteau avec capuche, suffisamment ample pour rendre anonyme la personne qui le portait) un loup en dentelle cachant le visage. Elles étaient prêtes à partir pour le bal escortées par mon père lui aussi vêtu d’un domino noir. Je les regardais quelque peu envieuse de cette joie qui les habitait, me promettant que moi aussi plus tard, je me déguiserai…

Le cours de l’histoire ne m’en a pas laissé le temps!

 

 

 

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