Thermomètre médical

Amaury QUILOUL rapporte :
Salle de classe CEP..Instituteur,Monsieur Pierre D.
Un matin de l’année 1955…Leçon de choses (aujourd’hui : Sciences Nat., je crois)..nous étudions l’utilité du thermomètre médical..Vient la question fatidique :
– Qui peut me dire à quoi sert l’étranglement du thermomètre médical ?

Silence dans la classe…et d’un coup, la main de l’élève S.B. se lève.
– Moi monsieur!!…Moi monsieur!!..Je sais , tellement excité par sa réponse qu’il s’avance de 2 ou 3 pupitres vers le maitre..étonné par cette fougue qui n’était dans ses habitudes..
Monsieur Pierre D..lui dit:
– Si tu me donnes la bonne réponse, tu auras 10//10.

– L’étranglement du thermomètre médical sert à mieux s’accrocher au derrière !
Affligé, le maître lui demande de rejoindre sa place avec un zéro pointé.

Je te laisse imaginer l’hilarité en classe.
Je dois à la vérité de dire qu’il n’y avait pas beaucoup de monde qui connaissait la bonne réponse, moi y compris.

NDRL : pour ceux qui, comme moi, ignorent la réponse, la voici avancée, 54 ans après (!) par l’auteur de cette histoire :
 » Enfin, je crois me rappeler que c’est pour empêcher le mercure de redescendre trop rapidement avant la lecture de la température. »

Les Marées de Turgot

Louis PERES se rappelle :

« Je t’ avais promis dernièrement une petite histoire pour la nouvelle rubrique « anecdotes ».
H istoire véridique , c’ est vrai que nous faisions des bêtises ,!
elles étaient « gentilles » (sic) et nous ne pensions qu ‘à rire !
Amicalement à toi 
P’tit Louis.

 » Si certains étés, à la plage de Turgot, il était facile de traverser la rivière à gué, d’ autres années, la mer était plus haute et alors les barques de pêche pouvaient s ‘amarrer tout près de la guinguette de Baptiste, au bord de la rivière.
Un matin,un saladéen, réputé « salpeur » pour ses sorties très matinales alors que les autres pêcheurs étaient encore au lit, eut une très désagréable surprise.
Tard dans la nuit, en sortant d’ un bal de chez Masson (chut , taisons les noms) une bande de copains passe en chahutant devant la barque du salpeur. 
Plaisanteries, rires. Quand l’ un d’ eux propose l’idée «  »géniale « de monter la barque sur la rive. Les voila tous poussant le bateau pour le monter sur la berg . 
Grosse rigolade en imaginant la tête du « salpeur » le lendemain matin…Un autre jeune complète la farce en proposant de jeter en vrac dans l’ embarcation les rames des barques voisines et pourquoi ne pas y ajouter des cailloux ? 
Aussitôt dit, aussitôt fait…Mais le poids de la barque alourdie se fait sentir et il est difficile de la tirer davantage quand on se marre tellement….Ecroulés de rires, ils abandonnent finalement la barque proue en l’ air et poupe dans l’ eau.
Voilà qu’au petit matin, à son heure habituellement très matinale, équipé de sa « capacha » ,des « cañas »,du « salabré », notre salpeur se dirige vers sa barque;.
Et là , il n’en croit pas ses yeux! Sa barque est dans une drôle de position.
il essaie de la décoincer tout en criant, en débitant les meilleurs jurons de notre répertoire saladéen : rien n’y fait. Bien entendu à cette heure là , la plage est encore déserte et personne pour l’ aider. 
Alors, fou de rage, il appelle les gendarmes pour faire constater les faits.
Arrivée des gendarmes

RAPPORT DE LA MARECHAUSSEE
« Dans la nuit, sous la montée des eaux, le flux a soulevé l’ avant du bateau jusque sur la berge et l’a coincé, la proue en l’ air.
Quelques heures après le bateau a glissé en arrière car le reflux a baissé le niveau de l’ eau.
Et, au petit jour, le nouveau flux, avec la montée des eaux, a rempli la barque et l’a poussée sur la rive »

Qui dit mieux ? trois marées dans la nuit à Turgot !

L’année de mes dix huit ans.

Josette CANDELA-BONNAVION se rappelle :
1958

En métropole, la pratique du camping entrait dans les moeurs. Trois millions de campeurs sillonnaient les routes de France à la recherche de sites agréables ou de camps organisés, aspirant à la tranquillité, se découvrant un goût prononcé pour l’évasion, la liberté. Les métropolitains souhaitaient prendre des vacances à moindres coûts.
En Algérie, ce mode d’hébergement estival nous était déjà familier. L’été, lorsque nous nous installions à Turgot plage, nous allions chez un fournisseur de bâches « Vidal et Manégat », installé à Oran.

Il nous livrait une tente si grande qu’elle aurait pu contenir tout un régiment. Elle était de toile épaisse, de couleur kaki, avec des auvents qui facilitaient la ventilation, bien nécessaires pour supporter la chaleur qui s’abattait sur la plage. Cette même chaleur qui nous poussait à déserter les villages afin de retrouver ce paradis terrestre où la vie se déroulait paisible et heureuse. La mer était transparente et si claire, que son eau était polie comme un miroir. Nos vêtements nous collaient à la peau, notre corps et notre esprit se vidaient de toute son énergie…Mais peu importe! Nous étions à la plage…et pouvions faire un plouf pour nous rafraîchir.
Certains préféraient se rafraîchir avec une bonne anisette…
L’un n’empêchait pas l’autre!

Mauvaise foi à Rio ? Jamais seulement des blagues !

René CARDONA relate :
(A la veille des Gaspachos voici une petite histoire dont certains acteurs seront présents, alors anonymat total…)

Un dimanche à midi, il y avait, comme de coutume, beaucoup de monde sur le boulevard et notamment devant les bars .
Nos amis (deux générations avant nous) discutaient avec passion du match de basket qui venait de terminer et où comme toujours Roger Gimenez ,Rabattel , Perles, et les autres s’étaient distingués.
Soudain, sur le boulevard, un petit accrochage a lieu entre un automobiliste de Rio et un « étranger » (qui n’était pas de Rio?. Peut être de Laferriere). Le nôtre était manifestement en tort. Nos amis témoins s’avancèrent pour « porter secours » à l’étranger (qu’ils connaissaient) et aussitôt le conduisirent au bar et lui offrirent plusieurs anisettes pour le réconforter, en attendant l’arrivée de la police pour le constat. Quand elle arriva, en la personne de Mr R…, nos témoins déclarèrent :
– Tu vois ce type, il sent l’anisette. Il est complètement saoul. Il a provoqué un accident donc il a tort…..
Il parait que la tête de l’ étranger faisait pitié à voir jusqu’ à ce qu’ il comprenne que c’ était un blague.
C ‘ est ça, Rio !
Amicalement.
René.

Les souliers de l’Amitié

Jadette SALVA rapporte :

Une anecdote que France ROSELLO m’a racontée.
Etienne, un mordu du ballon rond, avait reçu une belle paire de chaussures de foot. Le rêve des garçons du village !
Ces chaussures étaient très admirées, surtout par le copain d’Etienne, Louis CASSADO. Nos deux amis disputèrent un match au stade près du cimetière. De retour à la maison, nos deux compères se présentèrent devant Madame Rosello. Celle–ci, toute ébahie, regarda les pieds des deux garçons. Etienne portait au pied gauche la belle chaussure de foot quant à Louis son pied droit était bien calé dans l’autre chaussure et le gauche dans son soulier habituel : ils avaient disputé le match chacun avec une chaussure. Il faut vous dire qu’Etienne est un redoutable gaucher et Louis un très bon droitier. Les deux amis étaient ravis : la partie avait été rude mais ils l’avaient gagnée.
Pensez donc des chaussures neuves ! Et qui plus est des chaussures de foot ! Avec une seule paire, on avait chaussé deux joueurs !!!!!!

Un coq spécial

René raconte une autre histoire :

Il arrivait certains samedis d’hiver, à mon père et à quelques amis d’aller à la plage pour un week-end (on ne connaissait pas ce terme à l’époque) entre copains. On s’en doute, ce n’était pas une retraite au monastère.
Certains allaient à la chasse dans la plaine à Camalonga comme Pep le mécanicien.
D’autres plaçaient des pièges aux eucalyptus comme Filippi.
D’autres plaçaient le boliché devant le casino à l’embouchure de la rivière comme Louis De Torres.
D’autres calaient les filets à Cueva Roja comme Antonio Manriqué.
D’autres pêchaient les bézougs et les pageots à Playa Grande comme Pepico Poveda.
Et comme ils craignaient toujours de manquer de quelque chose pour la traditionnelle paella du dimanche (des fois que la pêche et la chasse auraient été mauvaises. Pure hypothèse. Jamais vu pour ma part), ils ramenaient du village des provisions de toutes sortes.
Le dimanche, chacun avait son rôle pour la préparation de la paella. Ce dimanche, c’était à M. Filippi qu’il revenait de couper la viande. Parmi la volaille, il y avait un coq déjà plumé. Pépico Povéda, qui ne ratait jamais une occasion de faire une blague, a pris un œuf et l’a introduit dans le ventre du coq. Bien sûr, toute l’assistance avertie observait la scène discrètement. Quand M. Filippi l’a vidé et qu’il a vu l’œuf, il a pris la tête du coq pour vérifier la crête puis s’est mis à crier :
– Tché, si je ne vois pas je ne le crois pas. C’est la première fois que je vois un coq avec un oeuf.
Tout le monde a éclaté de rire. Lui, vexé de s’être fait berner, s’est mis à insulter comme on savait le faire à RIO.
La paella a néanmoins été excellente et la journée s’est très bien terminée. Sauf au moment de partir : il paraît que c’était trop court et qu’il fallait revenir le plus vite possible.

Deux glaces

Jadette SALVA raconte : un quiproquo savoureux.

Nous savons, nous, gens de là-bas, que nous avions un problème avec la langue de Molière. En effet, certains mots de notre vocabulaire étaient des mots « à nous ». D’où sortaien-ils ?De l’espagnol ? Du Valencien ? Ou tout simplement étaient-ils transformés ? Yvette De TORRES et son frère Emmanuel, alors âgés de 8 ou 9 ans étaient allés donner un petit coup de « menottes » à leur tonton TROUIN, fraîchement débarqué de la capitale métropolitaine. Pour récompenser leur bonne volonté, tonton leur offrit quelques sous « pour aller s’acheter une glace ». Yvette et Emmanuel, ravis, s’en allèrent main dans la main chez l’épicier, M. HAGGAI, dont le magasin était situé tout près de ce que sera plus tard la pharmacie.
-Monsieur, s’il vous plaît, deux glaces.
M. HAGGAI disparut dans les profondeurs de son échoppe et revint avec … deux miroirs. Les enfants, abasourdis mais très polis, retournèrent chez leur oncle et lui montrèrent « leur glace ». Éclat de rire tonitruant de tonton TROIN qui apprit que, chez nous, nous dégustions des « crèmes » et non des « glaces ».
Combien de fois sommes-nous allés chez M. BERNABEU prendre une crème ! !

Concours de boules

Pour cette anecdote (authentique) il y a aussi prescription et si les noms utilisés et les faits peuvent porter… l’ histoire est vraie les noms sont vrais tous les personnages acteurs sont très certainement décédés mais je ne voudrais offenser personne. Cette histoire appartient à Rio : c’ est notre identité .
Un dimanche, il y avait « Concours de Boules ». Pas international, pas même régional, tout simplement « amical ». Entre des équipes qui s’ étaient formées pour la circonstance ( Je dois dans ma mémoire situer ce dimanche en dehors de la période de chasse et avant Pâques où beaucoup d’ acteurs auraient été occupés )
Il s’ agissait d’ un concours par « triplettes » et certes en plus des participants il y avait des spectateurs vite devenus, par affinité, supporters d’ une équipe.
Je cite (encore pour ne pas offenser un concitoyen qui pourrait reconnaître un parent) des noms de joueurs et de spectateurs sans distinction
Etaient présents : messieurs Fernand Lambert, Louis De Torres, Manuel Martos, Aimé Gaillardo, Vincent Mico, Joseph Perez, Louis Rosello, Henri Gonzalves (le transporteur), René Cardona (mon père), Joseph Povéda, François Andreo et bien d’autres. L’ enjeu était une bouteille d’anisette (que de toutes façons, ils auraient partagée autour d’ une bonne Kémia) La partie sur le point de finir, l’ équipe qui perdait m’ a envoyé au Bar Davos chercher une mignonnette d’anisette. La partie terminée, les perdants ont offert cette mignonette aux vainqueurs. Vous imaginez la scène :
« Certes on a parié une bouteille d’ anisette mais on n’ a jamais dit que c’ était un litre. Et ça, c’ est une bouteille. Alors où est le problème? »

Je vous rassure les palabres n’ ont pas duré longtemps. Juste pour amuser la galerie. Tout ça s’est terminé non pas devant le juge mais devant… une anisette.
En pouvait-il être autrement à Rio?

Le corbillard de Rio.

corbillard-hippomobile
Photo internet
A Rio, dans les années 40, rien ne me faisait plus peur que le corbillard. Au son inquiétant du glas, tout le village s’arrêtait de travailler et saluait sur le passage de cet attelage tout de noir vêtu. Même le cheval était caparaçonné de pesantes tentures sombres avec des garnitures dorées. Ma peur s’accentuait à la vue du cocher lui aussi tout en noir avec un chapeau bicorne sur la tête. En outre, c’était un nain au port altier et digne, conscient de sa tâche. Ce qui ne faisait qu’augmenter ma panique. Bien souvent, je me suis surpris à m’enfuir devant un tel spectacle. Mes nuits suivantes étaient peuplées de cauchemars où ce nain avait une place importante.

Plus tard, le corbillard hippomobile devint automobile : plus de cheval, plus d’attelage, et donc plus de nain. Le progrès montrait ses effets. Pourtant qu’elle ne fut pas ma surprise de retrouver, quelques années plus tard, dans ma propre maison, Manuel, notre nain, recueilli par mes parents. Je n’avais plus l’âge d’avoir peur mais je ne pus empêcher mes souvenirs de refluer.